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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/473

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REVUE LITTÉRAIRE.

point qu’il faut retenir. J’espère pouvoir montrer quelque jour si l’importance en est grande, et même capitale.

Le nombre des pièces augmenté de plus d’un tiers, — le texte amélioré, revu, collationné sur des publications dont quelques-unes ont presque l’autorité des originaux eux-mêmes, — de nombreuses dates rétablies ou rectifiées, — enfin pour chaque volume une table disposée par années, mois et jour ; — on voit que M. Moland peut se rendre à bon droit le témoignage d’avoir « complètement renouvelé » la Correspondance de Voltaire. On nous permettra d’attirer sur ces tables un peu d’attention. Quiconque a manié cette volumineuse Correspondance peut dire si c’était un labeur pénible que de s’y reconnaître. Les tables de l’édition de Kehl étaient nulles ; celles de l’édition Beuchot étaient tout à fait insuffisantes ; les tables de l’édition nouvelle seront véritablement le calendrier de la vie de Voltaire, l’éphéméride, pour ainsi dire, de cette existence si tumultueuse et si bien remplie. Grâce à ces tables, il deviendra facile de donner à l’histoire de la vie et des ouvrages de Voltaire un caractère de précision et de netteté que peut-être elle n’avait pas encore. Elles multiplient au double la valeur de l’édition. Il ne sera plus possible d’écrire sur Voltaire sans les prendre d’abord pour guides.

Est-ce à dire que l’on découvre un Voltaire nouveau ? Non sans doute ! La plupart même de ces correspondances perdues, si jamais un hasard heureux, dont nous ne pouvons pas désespérer, voulait qu’on les retrouvât, elles ajouteraient peut-être au tableau quelques traits ou quelques ombres, elles n’en modifieraient pas l’aspect général bien connu. Voltaire serait toujours le même Voltaire. La vraie physionomie d’un grand homme n’est pas à la merci de quelques lettres de plus ou de moins, surtout si le grand homme est en surface plutôt qu’en profondeur, et c’est précisément le cas de Voltaire, ou de personne. Je suppose que l’on tire demain, de quelque archive encore mal explorée, la correspondance de Voltaire avec le duc de Choiseul : que pensez-vous qu’on y découvrît de vraiment neuf ou de vraiment imprévu ? « M. de Choiseul, dit Voltaire dans ses Mémoires, m’écrivit en ce temps-là plusieurs lettres ostensibles tellement conçues que le roi de Prusse pût se hasarder à faire quelques ouvertures de paix. » Et, ces lettres de M. de Choiseul, je regrette vivement que nous ne les ayons pas. Mais quoi ? n’est-ce pas de Voltaire avant tout qu’il s’agit ? et cette intrigue diplomatique est-elle donc la première, ou la seule, à laquelle Voltaire se soit trouvé mêlé ? Dans cette même guerre de sept ans, pour ne pas remonter plus haut, n’avait-il pas été déjà l’intermédiaire des négociations entre le cardinal de Tencin, agissant au nom du ministère français, et la margrave de Bayreuth, agissant au nom du roi de Prusse ? Ce qui nous échappe ici, c’est donc un fait de la vie de Voltaire, ce n’est pas un trait de son caractère ; ce qui nous reste obscur, c’est un épisode de ses relations avec les puis-