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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/466

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au contraire passent pour être à jamais perdues. Et nous regrettons fort à ce propos que M. Moland n’ait pas cru devoir, dès les premières pages de son premier volume, signaler brièvement l’importance de quelques-unes d’entre elles. N’était-ce pas le lieu de dresser ce qu’on appelle un arrêté de situation ? Et n’est-il pas également instructif de savoir au juste en pareil sujet ce qu’on possède et ce qu’on ne possède pas ? Ce qu’on possède, pour s’en servir ; et ce qu’on ne possède pas, pour éviter de conclure hâtivement, sur des présomptions encore flottantes et de simples commencemens de preuves.

Il est quelques-unes de ces correspondances qu’on ne regrettera que pour la forme, — parce que rien de ce qui touche à Voltaire ne saurait nous être indifférent, et parce que le moindre billet de sa main, quelque insignifiant qu’il soit, a ce mérite encore d’être de la main de Voltaire. Mais après tout, si Mme de Marron, baronne de Meillonaz, femme poète, qui fut en son temps la gloire de Bourg-en-Bresse, a détruit les quelques lettres qu’elle avait reçues de Voltaire, le mal n’est pas bien grand et nous pouvons aisément pardonner à Mme de Marron. C’est que j’imagine que ces lettres-là devaient ressembler à ces brevets de génie que M. Victor Hugo décerne si libéralement au moindre versificateur[1]. Mais les lettres de Voltaire à Saint-Lambert ? à Mme du Châtelet ? sa correspondance avec le duc de Choiseul ? avec Turgot ? n’en connaîtrons-nous jamais que les fragmens donnés jadis par Beuchot ? Nous savons que Saint-Lambert a refusé de communiquer aux éditeurs de Kehl ce qu’il avait de lettres ou de billets de Voltaire. Billets ou lettres, en quelles mains ont-ils pu passer ? ou bien a-t-on des raisons de croire que ce dragon les ait détruits ? Le duc de Choiseul opposa le même refus aux sollicitations des mêmes éditeurs. Est-on bien certain qu’il ne subsiste aucun espoir de retrouver cette correspondance ? et pourquoi ? sur quelles preuves ? On eût aimé, ce semble, à rencontrer en tête d’une nouvelle édition de la correspondance de Voltaire, une courte réponse à toutes ces questions. Et quand M. Moland n’aurait fait que nous raconter ses recherches infructueuses à la poursuite de ces lettres perdues, il eût au moins délimité le champ des investigations à venir, stimulé quelque archiviste ou quelque dépisteur d’autographes, provoqué quelque réponse définitive ou peut-être quelque découverte inattendue.

Quoi qu’il en soit, et malgré les lacunes, quelques chiffres suffisent à montrer l’enrichissement de la Correspondance telle que M. Moland nous la donne. Il n’y avait dans l’édition de Kehl que quatre cent trente-

  1. Je crois avoir vu dans un catalogue l’indication d’une brochure contenant six lettres de Voltaire, et cette brochure aurait été publiée précisément à Bourg. Ces six lettres seraient-elles par hasard adressées à Mme de Marron ?