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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/240

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souverain ne se sent plus en sûreté, même chez lui, où il ne peut faire un pas, aller en chemin de fer, parcourir son palais sans être entouré de menaces de mort, sans être épié et suivi par la conspiration de l’assassinat. Rien en vérité de plus étrange, et si cette opiniâtreté farouche, mystérieuse, de conyurés acharnés à leur œuvre sanglante, a quelque chose de saisissant, il y a une circonstance plus étonnante encore peut-être, c’est l’impuissance d’un gouvernement absolu qui, en dépit de tous les moyens dont il dispose, ne peut ni saisir les complots, ni même empêcher la trahison et le meurtre de franchir le seuil du Palais d’hiver. Comment remédier à une si violente situation ? Sans doute, d’une manière générale, on peut dire que des réformes, des institutions plus libérales auraient une heureuse influence en ouvrant aux esprits une voie d’activité régulière. Il y a longtemps qu’on le dit, il faudra bien arriver à cette politique d’autant plus naturelle, d’autant plus nécessaire que l’ancienne autocratie russe est visiblement épuisée. Pour le moment, il est bien clair que ce n’est pas vers cette politique qu’on paraît incliner à Saint-Pétersbourg. On semble plutôt vouloir recourir à des procédés tout différens pour a mettre un terme aux actes criminels qui tendent à ébranler l’ordre social et politique en Russie. » On vient de créer une commission executive supérieure à la tête de laquelle est placé le général Loris Melikof, l’ancien commandant de l’armée d’Asie pendant la dernière guerre, d’Orient, le vainqueur de Kars. Déjà, l’année dernière, dans une intention de défense contre les menées révolutionnaires, on avait créé des gouverneurs généraux avec des pouvoirs extraordinaires, à Pétersbourg, à Moscou, à Kief, à Odessa, à Kharkof, à Varsovie. Maintenant, au-dessus de ces gouverneurs généraux, il y a la commission supérieure dont l’action s’étend à l’empire entier. Cette commission a tous les pouvoirs, ses décisions sont sans appel, tous les procès politiques engagés dans l’empire sont de son ressort. C’est une sorte de chambre ardente dont le président, le général Loris Melikof, devient un vrai dictateur auprès du tsar. Une réflexion assez simple vient cependant à l’esprit. L’administration russe n’a jamais manqué de pouvoirs ordinaires et extraordinaires, et si, avec l’autorité la plus illimitée, elle a été jusqu’ici complètement impuissante, comment l’omnipotence d’une commission nouvelle aura-t-elle plus d’efficacité ? On dit même que depuis l’attentat du Palais d’hiver les proclamations révolutionnaires n’ont cessé de se multiplier à Saint-Pétersbourg. La lutte tragique continue, et elle n’est pas seulement redoutable au point de vue de la situation intérieure de la Russie, elle l’est encore jusqu’à un certain degré par les conséquences extérieures qu’elle peut avoir, qu’elle a déjà, en intéressant, en soulevant tous les sentimens conservateurs en Europe. Une de ces conséquences, on ne l’ignore pas, c’est la question qui s’est élevée à l’improviste entre la Russie et la France. Pour dire simplement les choses, le cabinet de Saint-i’^étersboug a demandé au gou-