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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/238

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lions parlementaires est passablement atténué aujourd’hui, voilà le fait, et ce qui est malheureusement aussi clair, ce qui est plus grave encore, c’est que le sens libéral ne semble pas moins émoussé. On dirait vraiment à l’heure qu’il est que des libéraux sincères, sans arrière-penséo, acceptant les conséquences de la liberté, sont un phénomène, et que certains républicains éprouvent le besoin de se fabriquer un libéralisme d’une nouvelle espèce, se conciliant très bien avec toute sorte de restrictions, d’exclusions et même d’abrogations de garanties acquises depuis longtemps.

Rien, certes, de plus significatif sous ce rapport que la discussion engagée depuis quelques jours devant le sénat au sujet de ces éternelles lois de M. Jules Ferry, qui sont passées comme un legs onéreux du dernier cabinet au nouveau ministère avec l’auteur lui-même. Voilà une liberté, la liberté de l’enseignement, établie depuis trente années. Elle s’est développée paisiblement, sans bruit, sans provoquer ni difficultés ni plaintes sérieuses. Elle n’a pas seulement pour origine, comme on le dit, une loi de parti, une loi de réaction ; elle avait été inscrite comme une promesse dans la constitution de 1830, elle était consacrée de la manière la plus large, la plus explicite, par la constitution de I8I48. La loi de 1850 n’a été après tout que l’application d’un principe proclamé par une assemblée républicaine, — et après trente années, on croit tout simple d’abroger tout ce passé, d’introduire dans une loi sur l’enseignement supérieur une disposition subreptice qui réagit sur l’enseignement tout entier, qui a eu dès la première heure le caractère évident d’une représaille contre l’éducation religieuse ! C’est le mérite et l’honneur de M. Jules Simon de s’être fait, dans cette discussion qui n’est pas encore terminée, le défenseur éloquent, persuasif de toutes les traditions libérales, même contre ses amis, même contre M. le ministre de l’instruction publique. Il ne s’est pas arrêté à cette raison banale que la liberté de l’enseignement est une arme aux mains des adversaires des institutions et du gouvernement. Est-ce qu’il y a une seule liberté dont des adversaires ne puissent se servir ? Est-ce qu’en parlant ainsi on ne justifie pas ce que M. Guizot disait aux républicains de son temps lorsqu’il les accusait de ne pas savoir ce que c’était que le progrès, de n’avoir rien de nouveau à offrir ? Ce qu’on propose aujourd’hui, c’est de revenir à des restrictions d’autrefois. M. Jules Ferry aurait certes mieux fait de ne pas engager le gouvernement et la république dans cette voie. Il a été plus heureusement inspiré, lorsque tout récemment il a eu à remplacer, à la tête de l’école normale, le malheureux M. Bersot, cet esprit si ouvert, si libre et si fin. M. le ministre de l’instruction publique a donné pour successeur à M. Bersot M. Fustel de Coulanges, et il ne pouvait assurément choisir un homme d’une plus forte science, d’une intelligence plus élevée, mieux fait en un mot pour donner à la jeunesse uuiver-