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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/209

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La controverse est un élément essentiel de la vie humaine : Mandum tradidit disputationi eorum ; que deviendrait ce pauvre monde si l’on ne se disputait plus ? Assurément, il est des disputes utiles, fécondes en heureux résultats. Après que les fous ont échangé force argumens absurdes et force injures souvent grossières, il arrive an sage qui conclut, et grâce à lui l’humanité se trouve en possession d’une vérité nouvelle. On a dit que la raison parfaite supporte en paix la déraison d’autrui ; on aurait pu ajouter qu’elle en fait quelquefois son profit. En revanche, il est des querelles parement oiseuses, absolument inutiles, querelles de cordeliers ou d’Allemands, qui ressemblent, comme le disait Voltaire, « à des ballons remplis de vent que les combattans se renvoient ; les vessies crèvent, l’air en sort, il ne reste rien. » Le malheur est plus grand encore quand ces querelles inutiles, si vaines qu’elles soient, sont de nature à échauffer la bile et le sang, à enflammer les esprits, à allumer des passions dangereuses. Nous craignons bien qu’il ne faille mettre au nombre des controverses à la fois oiseuses et dangereuses celle qui depuis quelque temps a fait couler des flots d’encre en Allemagne et causé une vive émotion dans u cette ville de l’intelligence » qui s’appelle Berlin.

Le feu couvait silencieusement sous la cendre ; c’est à un prédicateur de la cour de Prusse que revient l’honneur de l’avoir fait éclater. M. Adolphe Stocker n’est pas un homme ordinaire ; tout le monde rend justice à son mérite, à l’énergie de son caractère et de ses convictions. Ses sermons attirent la foule, sa parole a de l’autorité ; peut-être a-t-il plus de véhémence que d’onction, on ne se refait pas. Ce prédicateur est un humanitaire, un philanthrope ; il se fait fort de résoudre par l’Évangile la question sociale, il a fondé l’association ou la secte des