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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/961

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réparer les désordres qui ont été la conséquence des derniers événement » elle ne laisse prévoir rien d’inquiétant. Elle peut annoncer d’un autre côté la fin de la guerre des Zoulous.

Il y a cependant à travers tout un point noir sur lequel on ne peut jeter le voile, c’est cette affaire de l’Afghanistan, de Caboul, où l’Angleterre a été ramenée pour venger le massacre de ses représentans et où elle demeure fatalement aventurée, plus peut-être qu’elle ne le voudrait. La reine ne dissimule pas que l’état de trouble de l’Afghanistan ne permet pas pour le moment à l’Angleterre de rappeler ses troupes ; elle ajoute aussitôt, il est vrai, que le principe dont le gouvernement britannique s’est inspiré jusqu’ici ne sera pas modifié. Quelle est la portée de ce principe ? quelle est la pensée réelle et quelle sera la limite de la politique anglaise ? où peut conduire l’imprévu ? C’est ce qui reste à savoir. La délibération de l’adresse en réponse au discours de la couronne n’est pas d’habitude en Angleterre l’occasion des explications sérieuses : ces affaires ont été à peine effleurées jusqu’ici. Vraisemblablement une discussion plus complète et plus décisive s’engagera à propos du Blue-Book que le cabinet vient de publier. Il est certain qu’il y a là des obscurités, des difficultés qui se sont aggravées à travers les péripéties Successives de la dernière expédition et qui ne cessent de peser sur la politique anglaise. La reine disait l’autre jour qu’en persistant dans l’intention de fortifier les frontières de l’empire de l’Inde, le gouvernement « voudrait conserver des relations amicales tant avec ceux qui seront appelés à gouverner l’Afghanistan qu’avec la population de ce pays. » S’il n’y avait que cela, ce serait relativement encore assez simple, quoiqu’il ne soit pas facile d’arriver à créer ces « relations amicales » dans des conditions offrant quelque fixité et des garanties suffisantes ; mais, on le sait bien, il y a autre chose, il y a la question tout entière des rapports de l’Angleterre et de la Russie dans ces contrées de l’Asie centrale. Les papiers récemment mis au jour, rapports des chefs de l’armée anglaise dans l’Afghanistan, conversations diplomatiques à Londres ou à Saint-Pétersbourg, toutes ces pièces révèlent une fois de plus l’antagonisme permanent, croissant, le duel de plus en plus dessiné des deux puissantes rivales ; on dit même aujourd’hui que d’autres papiers, trouvés à Caboul et provisoirement réservés par le cabinet de Londres, sont plus significatifs encore.

Ce travail d’antagonisme, il existait sans doute. Il avait pris visiblement une forme plus directe et plus aiguë avant l’arrivée des Anglais à Caboul l’année dernière, et le général Roberts, en rapportant une conversation qu’il a eue avec Yakoub-Khan, le fils et le successeur du dernier émir Shere-Ali, constate l’influence active de la Russie. Il va jusqu’à dire : « La rupture des Anglais avec Shere-Ali a été le moyen de démasquer et de déjouer une conspiration très grave contre la paix et la sécurité de notre empire de l’Inde. » Les Anglais vont à Caboul, la