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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/924

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de la mer à diverses profondeurs, et en draguant le fond du détroit pour augmenter leurs collections de zoologie et de botanique. Le lendemain, le cap York, sur le côté nord du port Clarence, était passé, et la Vega jetait l’ancre dans ce refuge, où autrefois tant de navires anglais vinrent en station, à l’époque des recherches de l’expédition de sir John Franklin dans le nord-ouest.

« Dès notre arrivée à Port-Clarence, rapporte M. Nordenskjöld, nous eûmes la visite d’Esquimaux que nous revîmes ensuite à terre fréquemment. Ils n’y sont que peu nombreux en hiver, ayant établi leur campement plus loin, vers la mer, pour chasser les phoques ; en été, ils quittent les environs du cap du Prince-de-Galles, ainsi que la côte entre Port-Clarence et la baie de Norton, pour se rapprocher du fleuve Konirak, qui se jette dans Grantley Harbour, où ils pêchent le saumon. Des deux côtés de l’entrée du Grantley Harbour étaient plantées un nombre considérable de tentes d’été en toiles à voile. Nous fûmes frappés de la propreté de ces abris, souvent d’une blancheur éblouissante ; sur le gravier qui en formait le sol étaient étendues des nattes rapportées sans doute jusque-là par des baleiniers venus de Honolulu ou de San Francisco. En général, ces peuplades semblaient présenter plus de rapports avec les Américains du Nord que leurs congénères du littoral opposé, ce qui s’explique par la proximité des stations de la compagnie d’Alaska. Plusieurs de ces Esquimaux parlaient l’anglais, et nous en vîmes armés de fusils Remington. Leur langage est presque semblable à celui des Esquimaux groënlandais, et, comme ceux-ci, ils se donnent entre eux le nom d’Innuit. Aidés par notre connaissance de la langue anglaise et par un dictionnaire groënlandais, nous nous fîmes très bien comprendre. Leur habillement est celui des Esquimaux de l’est, et leur pelisse est souvent faite en peaux d’oiseaux non déplumés, bien entendu. La lèvre inférieure des hommes est percée et ornée d’un gros bouton de verre ; les femmes, heureusement, n’ont pas cet appendice barbare. Leurs bateaux, de même que ceux des Tchouktchis, sont grands ; nous en avons vu contenant trente hommes.

« Désormais, nous étions en plein été, mais, comme il n’y a pas de médaille sans revers, il ne nous fut pas donné d’en jouir sans souffrir énormément des piqûres des cousins. Nous revenions de nos excursions les pieds et les mains si bien enflés que nous en étions méconnaissables. Nous fîmes diverses excursions en bateau sur les fleuves Konirad et Imaurak, dont les rives étaient couvertes de bois épais, mais ne s’élevant jamais à plus d’une hauteur d’homme. Quelle jouissance, malgré les souffrances que nous causaient des moustiques, pour des voyageurs venant d’être bloqués