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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/923

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Ce qu’il y avait surtout d’intolérable, c’était la fumée que plusieurs lampes, trois ordinairement par abri, répandaient dans une enceinte de 300 pieds cubiques. Bien souvent, les voyageurs, suffoqués, étaient contraints de fuir, la nuit, hors des tentes, pour aller respirer un air pur malgré le danger qu’il y avait à s’exposer sans transition à une température de 46 degrés de froid.


V

Ce ne fut qu’à la fin de mai que la glace devint moins persistante. Dès qu’on s’aperçut de sa friabilité, on la brisa de manière à établir plusieurs bassins autour du vaisseau. Les trous que les phoques maintiennent ouverts pendant l’hiver et par lesquels ils viennent fréquemment respirer, s’agrandirent et, en s’élargissant, contribuèrent beaucoup au dégagement de la Vega. Au commencement de juillet, il devint dangereux de se rendre à terre en se fiant à la solidité des glaces. Lorsque, parfois, le vent soufflait du sud, on voyait se former presque aussitôt, au nord, des espaces ouverts de 3 à 4 milles. Au printemps, ces espaces devinrent plus considérables, et quand vint le solstice d’été, la mer, le long des côtes, apparut à peu près libre. La Vega heureusement ne se trouvait qu’à une faible distance de la terre ferme, et le 18 juillet, à trois heures et demie du soir, elle se dirigeait à toute vapeur vers l’est.

L’heure de la délivrance était donc arrivée, si bien arrivée, que deux jours après le vaillant bateau, pavoisé comme en un jour de fête, passait le cap est de l’Asie ; il le saluait de toute son artillerie, pendant que son équipage faisait la plus joyeuse des entrées dans les eaux de l’océan Pacifique en poussant de frénétiques hurrahs.

Le soir du même jour, 20 juillet, l’expédition atteignit les abords de la baie de Saint-Laurent. La Vega jeta l’ancre en vue d’un village tchouktchis du nom de Nuniagmo ; on passa la journée du lendemain à terre pour faire des recherches scientifiques, mais, au grand désespoir des savans, elles durent être interrompues, car il était de toute importance de toucher à un port d’où l’on pût envoyer en Europe des nouvelles. Le port Clarence, sur la côte américaine du détroit de Behring, était le plus rapproché ; on mit le cap dans cette direction.

Pendant la traversée, les hommes de science se dédommagèrent de leur trop court séjour à Nuniagmo en étudiant la température