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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/920

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excès de chaleur. Pendant la plus grande rigueur du froid, on se-couvrait le nez et les pommettes des joues d’un mouchoir attaché sous le baschlik, sorte de capuchon en poil de chameau.

Dans ses lettres, le professeur Nordenskjöld parle d’un personnage qui, dans ces hautes régions, était en quelque sorte le représentant de l’autorité russe. « Dès le mois d’octobre, dit M. Nordenskjöld, nous avons reçu la visite d’un Tchouktchis du nom de Wassili Menka, auquel les Russes ont donné une sorte de juridiction sur tous les habitans de la presqu’île. Ce chef, de petite taille, au teint basané, portait une belle peau de renne blanc sur une chemise de flanelle bleue. Il ne savait ni lire, ni écrire, et il parlait un russe incompréhensible. Ce haut fonctionnaire des confins de l’empire ignorait même l’existence du tsar, mais il savait qu’à Irkoutsk demeurait un homme très puissant, évidemment un des hauts fonctionnaires russes de la Sibérie. Pendant les premières visites qu’il nous fit à bord, il se signait devant chaque gravure ou photographie qu’il voyait ; mais il faut reconnaître qu’il ne tarda pas à s’apercevoir qu’il prêtait à rire. Wassili Menka était accompagné de deux personnages très simplement mis et qui, avec une certaine solennité, nous présentèrent le don de bienvenue sous la forme de deux rôtis de renne ; en échange, nous les régalâmes d’une chemise de flanelle et de tabac. Un jour, nous lui confiâmes une lettre ouverte pour le gouverneur d’Irkoutsk ; mais Wassili Menka considéra ce document comme un plein pouvoir que nous lui donnions, et, de retour à terre, il feignit de le lire à ses subordonnés respectueusement accourus autour de lui. Une quinzaine de jours après, lorsque Menka revint nous voir, il nous dit qu’il n’avait pu faire parvenir notre message ; nous le reçûmes assez mal. Il s’excusa en disant qu’il n’avait pas osé se présenter devant le gouverneur d’Irkoutsk faute d’eau-de-vie à lui offrir. » M. Nordenskjöld put cependant, le 25 novembre 1878, envoyer de Serdze-Kamen, par 67°6’ de latitude nord et 173°15’ de longitude est, une lettre à M. Orner Dickson, dans laquelle il lui disait : « Tout va bien à bord de la Vega, arrêtée par la glace dans le détroit de Behring ; nous espérons opérer notre retour dans le courant du mois de mai par le canal de Suez. Il n’est donc pas nécessaire d’envoyer des secours. » Le gouverneur russe d’Irkoutsk reçut cette missive le 3 mai 1879. Elle ne parvint à M. Dickson que le 5 août de la même année.

M. Nordenskjöld écrivit aussi en Suède, à cette époque, que, lorsque la Vega fut prise par les glaces, il vit, à quelques kilomètres vers l’est, la mer ouverte… Une seule heure de navigation à toute vapeur, possible encore la veille, et la Vega évitait le