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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/713

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mal, qui est réel, qui a déjà le caractère le plus sérieux, n’a rien encore d’absolument irrémédiable, — à la condition qu’on l’observe sans préjugés, qu’on se rende bien compte de ce qui l’a produit et amené au point de gravité où il est arrivé,

La cause de cet état qui frappe tous les regards, elle est simple et évidente : c’est qu’on n’est plus ni dans la vérité morale et sérieusement politique, ni même dans la vérité strictement constitutionnelle ; c’est que depuis un an il y a de toutes parts et sous toutes les formes un effort violent pour sortir des conditions dans lesquelles le nouveau régime a été offert au pays et accepté par lui ; c’est qu’à la place de la république libérale, pondérée, conciliante, telle qu’elle a été consacrée par la constitution, on veut absolument nous donner une république de coterie et de domination exclusive, procédant par suspicion, portant étourdiment la guerre partout, dans l’administration, dans la magistrature, dans l’enseignement, dans les écoles primaires, dans le domaine des croyances comme dans le domaine des intérêts. Certes, si un homme a contribué à introduire la république en France en lui imprimant un rassurant caractère, en montrant à quel prix elle est possible, c’est bien M. Thiers. Est-ce que M. Thiers cependant n’est pas aujourd’hui pour les républicains un bonhomme passé de mode qui a fait tout ce qu’on attendait de lui et qu’on tient quitte de ses conseils de sagesse ? Est-ce que M. Dufaure, le généreux complice et le continuateur de M, Thiers, n’est pas pour le moment relégué parmi les réactionnaires et les cléricaux ? Est-ce que tous les modérés, sans lesquels la république n’existerait pas, ne sont pas évincés et bafoués comme des alliés désormais inutiles ? Leur moment à tous est passé ! Encore si ceux qui prétendent être les maîtres du jour justifiaient l’ardeur de leurs ambitions par une certaine supériorité ! Malheureusement, ce sont pour la plupart de médiocres politiques, et le plus clair de leur système est de mettre autant de suffisance que de légèreté et même d’incapacité au service de leurs passions de parti. Le résultat est cette situation faussée ou dénaturée, tout au moins singulièrement modifiée, où l’opinion, ne se reconnaissant plus, se trouvant en présence d’une république qui n’est pas celle qu’elle a acceptée, qui ne se manifeste que par des incohérences et par des menaces, hésite et commence peut-être à se détourner. — Pure illusion, dira-t-on, propos de réactionnaires frondeurs ! L’opinion n’hésite et ne se sept déconcertée que parce que le gouvernement ne marche pas assez vite dans la voie de la république nouvelle, parce qu’il ne va pas d’un seul coup jusqu’à l’amnistie complète, jusqu’au licenciement de la vieille magistrature française, jusqu’à l’exclusion radicale des influences religieuses de l’enseignement, de toutes les écoles. S’il en est ainsi, comment se fait-il que depuis un an, à chaque progrès ou à chaque tentative de la politique radicale correspondent