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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/709

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radiante électrisée, si, comme l’a fait M. Crookes, on dispose un radiomètre de telle sorte que les faces métalliques des ailettes forment le pôle négatif et soient placées en regard et à une certaine distance du pôle positif. Lorsqu’on fait passer la décharge, il se produit des effets différens suivant le degré de raréfaction de l’air.

A la pression de quelques millimètres de mercure, un halo de lumière violette se montre à la surface métallique des ailettes ; dès que la pression diminue, l’espace obscur, dont il a été question plus haut, fait son apparition entre l’ailette et la lumière et s’allonge à mesure que la raréfaction augmente ; la rotation commence lorsqu’il s’étend vers les bords du verre, et devient très rapide lorsqu’il les touche, nouvelle preuve qu’il existe une corrélation entre le degré de raréfaction, l’étendue de l’espace obscur et les propriétés du résidu gazeux.

Dans ce radiomètre électrique, les molécules d’air qui fuient devant le pôle négatif repoussent les ailettes, par la raison que les distances de libre parcours sont devenues assez considérables pour que la pression ne puisse pas se propager instantanément dans tous les sens. C’est le principe du radiomètre ordinaire, avec cette différence pourtant que les molécules gazeuses sont électrisées ; de fait, elles sont dans un état particulier d’excitation, comme si une nouvelle force s’était ajoutée à cette force vive que représente le mouvement moléculaire. Il est donc nécessaire de tenir compte de l’intervention de l’électricité dans les belles expériences de M. Crookes et aussi de l’influence qu’elle peut exercer sur les propriétés de la matière radiante.

Parmi ces propriétés, une des plus curieuses est relative à la transmission ou plutôt à la transformation du mouvement moléculaire dont nous venons de parler. Arrêté ou amorti, il se convertit en chaleur, et cette projection de molécules électrisées qui sont lancées avec force centre la paroi d’un tube de Crookes détermine non-seulement le phénomène de la phosphorescence, dont nous avons déjà parlé, mais encore un échauffement sensible de la paroi. M. Crookes a démontré ce dégagement de la chaleur par une expérience saisissante. A l’aide d’un miroir concave, il a concentre le courant moléculaire sur une petite lame de platine iridié : ce métal, presque infusible, a été porté d’abord à la plus vive incandescence et a fondu lorsqu’on a augmenté l’intensité de la décharge.

Ce sont des propriétés physiques de la matière radiante que nous venons de faire connaître et ces propriétés sont les mêmes, quelle que soit la nature chimique du gaz soumis à l’expérience.