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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/706

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ignore et qu’on ne saura peut-être jamais. Dans l’exposé que nous allons essayer d’en faire nous serons privés du secours des belles démonstrations expérimentales par lesquelles M. Crookes a émerveillé son auditoire. Nous tâcherons donc de réduire cet exposé à des termes simples que chacun puisse comprendre.

Lorsqu’une étincelle électrique éclate entre deux conducteurs, elle sillonne l’air en zigzag, comme un trait de feu ou un petit éclair. Voici maintenant un tube renfermant de l’air très raréfié et qui se termine à ses deux extrémités par deux fils métalliques solidement encastrés dans le verre et par lesquels on peut faire passer une décharge électrique. Dans ces conditions, ce n’est plus une étincelle qui va apparaître dans le tube : ce dernier va s’illuminer tout entier, et la lumière sera diversement colorée suivant la nature de l’atmosphère raréfiée que contient le tube. C’est ce qu’on nomme un tube de Geissler.

Les physiciens ont remarqué depuis longtemps qu’autour du pôle négatif il existe un espace obscur, tandis que le reste du tube est lumineux. Or M. Crookes s’est assuré que cet espace s’allonge avec le degré de raréfaction de l’air, et a été amené à supposer que sa longueur représente précisément la distance de libre parcours des molécules. Celles qui s’élancent, fortement excitées, du pôle négatif, ne rencontrant que peu ou point de molécules dans toute l’étendue de l’espace obscur, aucune lumière ne jaillit : une lueur n’apparaît que par le choc des molécules électrisées contre elles-mêmes ou contre les parois du tube. A ce dernier on peut donner des dimensions telles, qu’après y avoir fait le vide à un millionième d’atmosphère, les molécules, presque entièrement soustraites au choc de leurs voisines, s’élancent du pôle négatif jusqu’à l’extrémité du tube, tout ce trajet représentant la distance de libre parcours. C’est ce qu’on nommera un tube de Crookes.

Pendant que le courant de molécules électrisées le traverse, une lueur verdâtre apparaît sur les parois du vase, principalement du côté opposé au pôle négatif : le verre est devenu phosphorescent. D’autres corps solides deviennent plus lumineux encore que le verre, dans ces conditions. Il en est surtout ainsi du sulfure de calcium, dont la phosphorescence a été découverte il y a vingt ans par M. Ed. Becquerel. Dans cet ordre de faits, une belle expérience consiste à projeter les molécules électrisées sur un diamant, qui jette alors des feux d’un jaune verdâtre. Le rubis s’illumine en rouge vif, et comme il est fait de cette terre blanche qu’on nomme alumine et qu’on peut précipiter de l’alun, si l’on fait passer la décharge électrique dans un tube de Crookes renfermant cette alumine, celle-ci répand aussitôt une vive lumière rouge.

La matière radiante se propage en ligne droite comme la lumière