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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/673

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Le tiers avait alors pour président Robert Miron, frère de ce François Miron, prévôt des marchands sous Henri IV. Prévôt des marchands lui-même et président aux requêtes du parlement, il représentait mieux que personne, à ce double titre, les opinions dominantes et les aptitudes diverses de la bourgeoisie parisienne. Dans sa réponse, aussi ferme que mesurée, il démontra sans peine que le dessein du tiers n’était ni aussi ambitieux ni aussi dangereux que le prétendaient les orateurs du clergé. « Que veut l’article de notre cahier, sinon arrêter la licence de ces moines qui, au lieu de prier Dieu et de se mortifier, s’amusent en leurs cellules à sonner le tocsin contre la sacrée personne des rois, à allumer le feu pour embraser leur état, se rendant insolemment juges et arbitres de leur sceptre et les adjugeant à qui bon leur semble ? Nous disons avec Tertullien : La langue et la toge des théologiens font plus de mal à l’état que ne lui en feraient des armes et des cuirasses : Linguas et togas theologorum plus rem publicam lœdere quant loricas. Soulever le problème de la prétendue déposition de nos rois en la terre où nous vivons, c’est faire injure à tous ceux qui respirent l’air de France, et si la noblesse est venue avec vous en ce lieu pour témoigner du contraire, le roi pourra donner cette louange au tiers-état que son autorité a trouvé parmi le peuple son dernier asile : ultima per vulgus vestigia fixit. » Ces débats passionnèrent l’assemblée, la cour et la ville pendant un mois, et portèrent jusqu’à Rome un commencement d’inquiétude. On en connaît la fin : par un arrêt solennel du 2 janvier 1615, le parlement adhéra aux propositions du tiers ; quant à la cour, effrayée tout ensemble et satisfaite du royalisme des députés du peuple, elle céda aux obsessions des deux premiers ordres et supprima l’affaire en l’évoquant au grand conseil. Deux brefs du pape, sub annulo piscatoris, remercièrent le clergé et la noblesse du service rendu au saint-siège ; la fermeté du tiers-ordre obtint pour récompense l’applaudissement de Paris, qui vaut bien un bref.

Pendant que les députés des villes s’engageaient à fond dans cette controverse politique et théologique, un incident fortuit, surgissant d’une discussion sans importance, attirait sur leurs têtes, du côté de la noblesse, un plus violent orage. Savaron, député d’Auvergne, président au présidial de Clermont, chargé de faire un. rapport sur les pensions de cour, avait insinué que les gentilshommes ne servaient plus qu’à prix d’argent et qu’ils vendaient leur fidélité. « Faut-il donc, avait-il dit, que votre majesté fournisse, chaque année, 5,660,000 livres, somme à laquelle se monte l’état des pensions qui sortent de vos coffres ! Il y a de grands et puissans royaumes qui n’ont pas tant de revenu que celui que vous