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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/652

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c’est se rendre plus indépendant des forces naturelles et diminuer les chances d’insuccès ; mais, pour en arriver là, la première condition à remplir est la diffusion des connaissances agricoles, car ce qui manque le plus à nos campagnes, ce ne sont ni les capitaux, ni même les bras, c’est la science. C’est elle qui apprendrait aux paysans à ne pas laisser perdre leurs fumiers, à utiliser les eaux, à diriger leurs efforts vers la production du bétail, à convertir en pâturages ou en bois les terrains incultes, à connaître la valeur relative des engrais, à tirer enfin parti de toutes les ressources qu’ils ont à leur disposition et qu’ils négligent aujourd’hui faute d’avoir appris à les utiliser. Aussi est-ce un grand service rendu au pays que d’avoir prescrit l’enseignement dans les écoles primaires des notions les plus élémentaires de l’agriculture. Peut-être parviendra-t-on par là à retenir dans les campagnes une partie de ceux qui, attirés par la perspective de salaires plus élevés, s’en vont grossir le nombre des ouvriers des villes et trop souvent aussi celui des malheureux. Comme nous l’avons dit plus haut, l’équilibre entre l’agriculture et l’industrie est aujourd’hui rompu en faveur de cette dernière ; il importe à la grandeur du pays que rien ne soit négligé pour le rétablir, et pour rendre à la première la prépondérance qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Ce n’est pas seulement sur les paysans et sur les ouvriers ruraux qu’il faut agir, c’est aussi sur les propriétaires.

En présence de la difficulté toujours plus grande de trouver des fermiers, il faut que les détenteurs du sol se mettent en mesure de le cultiver par eux-mêmes, ou tout au moins d’intervenir dans cette opération d’une façon plus directe qu’ils ne l’ont fait jusqu’ici. Trop longtemps ils se sont désintéressés des choses de la terre, se contenta de toucher leurs fermages et d’en dépenser le montant sans autre préoccupation que d’augmenter périodiquement le prix de leurs baux. Ce temps-là est passé ; ne pouvant plus tirer le même revenu qu’autrefois des biens qu’ils ont reçus de leurs pères, il faudra qu’ils se montrent capables de les faire valoir eux-mêmes et qu’ils imitent l’exemple qui leur est donné par MM. de Bouillé, de Béhague, de Dampierre et tant d’autres qui font œuvre de patriotisme en s’occupant directement de la gestion de leurs domaines. Ils trouveront dans ce commerce avec la nature des satisfactions qu’ils ignorent et que le séjour des villes ne saurait leur donner. Quant aux propriétaires qui ne se sentiraient pas le courage de prendre ce parti, ils iront en s’appauvrissant jusqu’au jour où ils seront forcés de vendre leurs biens à ceux qui sauront les mettre en valeur. Le pays tout entier gagnera à cette transformation, puisque l’agriculture ne pourra que progresser lorsque le sol sera entre les mains de ceux qui sont les plus capables d’en tirer parti. C’est pour les personnes de cette classe qu’ont été créées les écoles pratiques de