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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/643

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de 6 à 8 francs pour les moutons. Si on faisait droit à une pareille réclamation, la première mesure à prendre serait de prohiber d’une façon absolue la sortie de nos bestiaux, que nous ne produisons pas en quantité suffisante pour nos besoins, parce qu’il serait injuste de provoquer le renchérissement artificiel de la viande, que les exportations ne peuvent qu’aggraver. C’est encore le bétail américain qui nous menace et qui, si l’on n’y prend garde, va devenir pour notre agriculture une véritable calamité. Réduisons ces exagérations à leur juste mesure.

Nous possédons en France 12,783,000 animaux de l’espèce bovine, 24,000,000 d’animaux de l’espèce ovine. Les importations de bétail étranger sont annuellement d’environ 200,000 bêtes bovines et de 1,500,000 moutons, quantité trop peu importante eu égard à notre production indigène pour exercer une influence sensible sur nos marchés, et la preuve, c’est que le prix de la viande n’a cessé de s’accroître. Dans les chiffres ci-dessus, l’Amérique entre dans une proportion trop peu considérable pour qu’on en tienne compte. Il est vrai que sous ce rapport on se plaint moins du présent que des éventualités de l’avenir. Les pampas de l’Amérique du Sud, nous dit-on, renferment environ 30 millions de bêtes à cornes et pourraient en nourrir 250 millions, qui se vendraient 70 francs par tête. Les États-Unis sont en mesure de nous en expédier des quantités prodigieuses à raison de 700 à 800 francs la paire de bœufs, rendue au Havre, tandis qu’en France elle revient à 1,200 ou 1,300 francs. Quant à la viande fraîche, l’importation peut en quelque sorte être indéfinie, puisqu’au moyen de bâtimens aménagés pour cet objet, dans lesquels la température est maintenue entre 3 et II degrés, cette viande nous arrivé dans les mêmes conditions de conservation qu’au moment de l’abatage. O. n nous cite l’exemple de l’Angleterre, où les importations du bétail américain acquièrent chaque jour plus d’importance. D’après les chiffres fournis par le Board of Trade, il a été importé pendant les dernières années, pour l’espèce bovine :


En 1875 224,955 têtes.
1876 227,478 —
1877 204,022 —
1878 226,455 —

L’ensemble des importations, on le voit, a peu varié depuis cinq ans ; mais la proportion dans laquelle les États-Unis y figurent s’est considérablement accrue, puisqu’elle a passé de 299 têtes à 68,903. Cette puissance s’est donc substituée à d’autres pays importateurs. L’importation en Angleterre de viande fraîche ou salée s’est élevée de 26 millions à 65 millions de kilogrammes de 1875 à 1878. Ce qui prouve cependant que ces importations n’ont