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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/606

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assez grande opinion d’elle, et s’y voyait encore fortifié par un concours d’approbations qu’il savait bien n’être pas concertées. Il s’accoutuma à traiter sa sœur avec plus de considération. Murat, qui y perdit quelque chose, parfois s’avisait de se blesser et de se plaindre ; il en résultait des scènes conjugales où le mari voulait reprendre ses droits et son rang. Il traitait mal la princesse ; elle en était un peu effarouchée ; mais, moitié par adresse, moitié par menace, tantôt caressante et tantôt hautaine, sachant se montrer habilement femme soumise, ou sœur du maître à tous, elle étourdissait son mari, reprenait son ascendant, et lui prouvait qu’elle le servait par la conduite qu’elle tenait. Il paraît que les mêmes orages se sont manifestés lorsqu’elle a été à Naples, que la vanité de Murat en a quelquefois pris ombrage, qu’il en a souffert ; mais on s’accorde à dire, que, s’il a fait des fautes, c’est toujours au moment où il a cessé de suivre ses conseils.

J’ai dit combien la cour pendant ce voyage fut brillante d’étrangers. Avec le prince primat, on pouvait trouver un peu de conversation. Il avait de la politesse, il était assez bel esprit, et il aimait à rappeler les années de sa jeunesse, où il avait eu des liaisons à Paris avec tous les gens de lettres du temps. Le grand-duc de Wurtzbourg, qui resta à Fontainebleau tout le temps, montrait de la bonhomie, et mettait chacun fort à l’aise. Il était passionné de musique, et avait une voix de chantre de cathédrale ; mais il se divertissait tant, lorsqu’on le mettait pour une partie dans quelque morceau de musique, qu’on ne se sentait pas le courage de détruire son plaisir en en souriant. Les princes de Mecklembourg, après ceux que je viens de citer, étaient ceux auxquels on donnait le plus de soins. Tous deux étaient jeunes, d’une grande politesse, et même un peu obséquieux pour tout le monde. L’empereur leur imposait beaucoup. La magnificence de sa cour les éblouissait, et subjugués par cette puissance, et par le faste imposant qu’on déployait avec soin, ils admiraient sans cesse, et courtisaient jusqu’au moindre chambellan. Le prince de Mecklembourg-Strélitz, frère de la reine de Prusse, assez sourd, avait plus de peine à communiquer ses idées, mais le prince de Mecklembourg-Schwerin, jeune aussi, d’une assez jolie figure, montrait une affabilité constante. Il venait pour tâcher d’obtenir le départ des garnisons, françaises qui occupaient ses états. L’empereur l’amusait par de belles promesses ; le prince témoignait ses désirs à l’impératrice, qui l’accueillait avec la patience la plus gracieuse. Cette complaisance continue qui la distinguait, son aimable visage, sa taille charmante, l’élégance soutenue de sa personne, ne furent pas sans effet sur lui. On vit, ou on crut voir, qu’il paraissait un peu occupé de notre souveraine. Elle en riait, et s’en amusait doucement.