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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/602

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Cependant, nous eûmes, pendant ce voyage, le spectacle d’un autre amour qui fut d’abord assez vif. Jérôme venait, comme je l’ai dit, d’épouser la princesse Catherine. Cette jeune personne s’attacha vivement à lui ; mais sitôt après son mariage, il lui donna l’occasion d’éprouver un assez fort mouvement de jalousie. La jeune princesse de Bade était alors extrêmement agréable, et toujours en grande froideur avec le prince, son époux. Coquette, un peu légère, fine et gaie, elle avait de grands succès. Jérôme devint amoureux d’elle, et elle parut s’amuser de cette passion. Elle dansait avec lui dans tous les bals ; la princesse Catherine, un peu trop grasse déjà, ne dansait point, et demeurait assise, contemplant tristement la gaîté de ces deux jeunes gens qui passaient et repassaient devant elle, sans faire attention à la peine qu’elle éprouvait. Enfin, un soir, au milieu d’une fête, la bonne intelligence paraissant très marquée, nous vîmes tout à coup cette nouvelle reine de Westphalie pâlir, laisser échapper des larmes, se pencher sur sa chaise, et enfin s’évanouir tout à fait. Le bal fut interrompu. On la transporta dans un salon voisin ; l’impératrice, suivie de quelques-unes d’entre nous, s’empressa à lui donner secours ; nous entendions l’empereur adresser à son frère quelques paroles dures, après quoi il se retira. Jérôme, effrayé, se rapprocha de sa femme, et la posant sur ses genoux, cherchait à lui rendre sa connaissance, en lui faisant mille caresses. La princesse, en revenant à elle, pleurait encore, et ne semblait point s’apercevoir de tout ce monde qui l’entourait. Je la regardais en silence, et je me sentais saisie d’une impression assez vive, en voyant ce Jérôme qu’une foule de circonstances, toutes indépendantes assurément de son mérite, avaient porté sur le trône, devenu l’objet de la passion d’une princesse, ayant tout à coup acquis le droit d’être aimé d’elle, et de la négliger. Je ne puis dire tout ce que j’éprouvais, en la voyant assise familièrement sur lui, la tête penchée sur son épaule, recevant ses caresses, et, lui, l’appelant à plusieurs reprises du nom de Catherine, et l’engageant à se remettre, en la tutoyant familièrement. Peu de momens après, les deux époux se retirèrent dans leur appartement. Bonaparte, le lendemain, ordonna à sa femme de parler fortement à sa jeune nièce, et je fus chargée aussi de lui parler raison. Elle me reçut fort bien ; elle m’écouta beaucoup, quand je lui représentai qu’elle compromettait tout son avenir, que son devoir, comme son intérêt, l’engageait à bien vivre avec le prince de Bade, qu’elle était destinée à habiter d’autres lieux que la France, qu’il était vraisemblable qu’on lui saurait mauvais gré en Allemagne des légèretés qu’on lui tolérerait à Paris, et qu’elle devait s’appliquer à ne point prêter aux calomnies qu’on se pressait de répandre sur elle. Elle m’avoua qu’elle s’était reproché plus