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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/588

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condamnée ladite Pierrote, pour ses sortilèges, blasphèmes, apostasies et autres crimes et délits, desquels elle est suffisamment atteinte et convaincue, d’être mise en main du maître exécuteur de la haute justice, et par lui-même aux lieu et place où on a accoutumé d’exécuter les malfaiteurs en dernier supplice afin d’être brûlée vive, de son corps réduit en cendres, la condamnant aux dépens, en déclarant le surplus de ses biens confisqués au profit de son altesse. »

Le mémoire de l’exécuteur ne s’élève pas à un prix considérable, comme on peut le voir par les chiffres suivans :

« Pour les peines et salaires d’avoir mis et appliqué là feue Jappy (Richarde) à la question ; ayant été à cet effet tout exprès au Blamont où il a séjourné trois jours entiers… 9 francs.

« Encore pour les peines et salaires de M. l’exécuteur, ayant été une autre fois à Blamont à l’effet de, derechef, mettre et appliquer à la dite question la sieure Jappy… 3 francs.

« Pour ses droits et peines d’avoir brûlé et réduit en cendres le corps de la sieure Jappy… 3 francs. »

A la marge on a ajouté le mot nihil, et le conseil, trouvant les prix trop élevés a décidé : « A l’avenir l’exécuteur aura 4 francs pour ses dépens lorsqu’il fera des exécutions de mort et en dernier supplice, et pour ce qui est des peines du carcan, du fouet, et lorsqu’il appliquera quelqu’un à la torture, il aura 2 francs pour ses dépens. »

En somme, pour un procès de sorcellerie, tous les frais de justice et tous les droits s’élevaient, à Montbéliard, vers 1620, à 350 francs environ.

Les exécutions continuèrent encore jusqu’en 1660. Néanmoins, vers cette époque, les mœurs s’adoucissaient déjà. En 1656, pour une sorcière nommée Thibaude, la peine fut changée… « Préférant miséricorde à la rigueur du droit déclarons par manière de modération qu’elle aura la tête tranchée. » En 1654, une sorcière condamnée à être arse et brûlée toute vive, et son corps réduit en cendres, témoignant quelque repentance de ses forfaits, on l’autorise sur sa demande instante à recevoir auparavant le saint sacrement de la cène. A partir de 1660 (cette année-là, deux sorcières furent brûlées), il n’y a plus, à Montbéliard, d’exécution capitale pour crime de sorcellerie.

Oui, c’est une lamentable histoire que celle de ce passé, mais il ne faut pas en détourner les yeux avec horreur, il faut le regarder en face pour comprendre les bienfaits de la tolérance. Ce que furent l’ineptie et la cruauté d’autrefois, deux citations de Boguet, grand juge au comté de Bourgogne [1] , vont nous l’apprendre (les

  1. Discours exécrables des sorciers, ensemble leurs procès, faits depuis deux ans en divers endroits de la France, avec une instruction pour un juge en fuit de sorcellerie, par Henry Boguet, grand juge au comté de Bourgogne ; Rouen ; chez Romain de Beauvais, in-12, 1603.