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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/572

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où on célébrait la messe, et n’osant pas entrer de peur d’être chassé et roué de coups, il se tint devant la porte, pliant les pattes de derrière, et joignant les pattes de devant, c’est-à-dire les mains, ajoute Sprenger, en les élevant au ciel. Au moment où l’on admirait ce prodige, arrive la sorcière qui se met à frapper l’âne à coups de bâton. Mais l’on devine bien qu’il s’agissait d’un maléfice ; on la traîne devant le juge, on l’interroge, on la torture, elle avoue son crime, on obtient d’elle qu’elle rende le jeune homme à sa forme première, et, pendant qu’elle expie son crime, le jeune homme revient plein de joie vers les siens (p. 286). Les pires sorcières sont les sages-femmes, qui, au moment où les enfans viennent au monde, les vouent au démon ; il en est qui leur coupent les membres avant qu’ils soient baptisés pour composer des onguens magiques ; dans le diocèse de Constance, on brûla une sorcière sage-femme qui avait tué plus de quarante enfans en leur enfonçant une épingle dans la tête. Les sorcières disposent de tous moyens pour donner les maladies, priver de lait les vaches, faire tomber la grêle ou détruire les moissons. Pour faire tarir le lait des vaches, il suffit de mettre par terre un seau vide, de planter un couteau dans le mur et d’invoquer le diable ; aussitôt le diable va prendre le lait d’une vache féconde qu’il porte dans le seau de la sorcière. Un jour, une jeune fille, n’ayant pas été invitée à un festin et irritée de cet oubli, appelle le diable qui vient à elle, et comme elle déclare vouloir faire tomber la grêle sur toute la société, il lui accorde sa demande ; aussitôt une grêle violente afflige la ville, tandis que la sorcière est enlevée dans l’air par le démon aux yeux de certains bergers. Comme elle rentra dans la ville, les bergers l’accusèrent. On l’appréhende, on l’interroge, et après qu’elle a confessé toute l’horreur de son crime, elle est brûlée sans délai.

Souvent les sorcières prennent la forme d’animaux. Un jour, un bûcheron, pendant qu’il coupait du bois, fut attaqué par trois chats qui se mirent à lui mordre les jambes. Effrayé, il se défend comme il peut, et, ayant fait le signe de la croix, parvient à se débarrasser de ses agresseurs. Il rentre dans la ville, mais aussitôt on l’accuse d’avoir porté un maléfice sur trois femmes qui, au même moment, ont été grièvement blessées. Il allait être jugé et probablement condamné, si le juge n’avait découvert que ces trois bêtes n’étaient autres que les trois femmes, c’est-à-dire trois abominables sorcières, qui par l’assistance du démon avaient été métarmophosées en chattes. Souvent aussi les sorcières se transforment en louves. Boguet raconte sérieusement cette histoire d’un chasseur qui, ayant coupé d’un coup de fusil la patte d’une louve, s’égare et va demander l’hospitalité dans un château. Requis s’il avait fait bonne chasse, il veut montrer la patte de la louve, mais, à sa grande