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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/560

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je me déclarerais, je l’avoue, fort satisfait, si on pouvait trouver autant d’intérêt à lire mes recherches que j’en ai pris à les faire.

Le livre le plus important à consulter, c’est le Marteau des sorcières (Malleus maleficarum). Généralement on l’attribue, à Sprenger seul ; mais il est l’œuvre de deux personnes, Jacques Sprenger, ou Springer, et Henri Institor, tous deux envoyés par lettres apostoliques du pape Innocent VIII comme inquisiteurs de la perversité hérétique en Allemagne, sur les bords du Rhin [1]. Ce livre, recommandé aux inquisiteurs par une bulle du pape Innocent VIII, approuvé par un mandement de l’archevêque de Cologne (1584), fut donc dès son origine un livre orthodoxe. Bientôt il devint classique. Ce fut en quelque sorte le manuel de l’inquisiteur, manuel qui permettait au juge d’être docte, orthodoxe, érudit, invincible, de répondre à tous les argumens sataniques et de condamner sans appel. De là l’allure pédantesque de ce livre. Il est écrit sous la forme de questions et de réponses, avec des divisions et des subdivisions à l’infini. Une crédulité naïve à toutes les fables, même à celles de l’antiquité, une confiance sans limite dans les argumens de la théologie, une connaissance approfondie de la Somme de saint Thomas, et avec cela l’expérience de toutes les perfidies et machinations que le diable peut ourdir, expérience acquise par vingt années d’inquisition, voilà Sprenger. Il est sot, mais intrépide, dit Michelet. Il pose hardiment les thèses les moins acceptables. Un autre essaierait d’éluder, d’atténuer, d’amoindrir les objections ; lui, dès la première page, les montre en face, expose une à une les raisons naturelles, évidentes, qu’on a de ne pas croire aux miracles diaboliques. Puis il ajoute froidement : Autant d’erreurs hérétiques.

Tout le monde a vu les manuels destinés à préparer les écoliers au baccalauréat : plusieurs traités composés par des auteurs différens sont réunis en un seul volume, de manière à former un résume complet des connaissances exigées pour l’examen. On faisait de même jadis pour l’inquisiteur, et on imprimait dans le même volume divers traités utiles aux juges des sorcières. A côté du Marteau des sorcières se trouvent donc d’autres ouvrages d’importance moindre, mais assez curieux cependant pour mériter d’être cités ici. D’ailleurs « leurs titres ont toujours quelque chose de rare. » — Frère Jean Nider, de l’ordre des frères prêcheurs, professeur de théologie et inquisiteur de la peste hérétique : Traité remarquable sur les maléfices et sur les déceptions qu’ils causent, extrait avec un

  1. Fr. Jacobi Sprengeri et Fr. Benrici Institoris, Inquisitorum hereticœ pravitatis, Malleus maleficarum. La première édition est de 1580. L’édition que j’ai sous les yeux, et qui est à la Bibliothèque nationale, est de 1595 ; Lyon, chez Pierre Landry.