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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/187

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voudra, pourvu qu’elle en ait fait un principe de droit public ? Oui ou non, — c’est M. Thiers qui parle, — « la constitution de 1848 a-t-elle proclamé la liberté d’enseignement d’une manière précise et positive ? » Oui ou non, la loi de 1850 a-t-elle réglé les conditions d’exercice de cette liberté ? Oui ou non, le législateur a-t-il voulu en étendre le bénéfice aux congrégations non autorisées ? Oui ou non, l’article 7 en leur interdisant l’enseignement viole-t-il le droit actuel ? Voilà quel était le vrai, l’unique terrain de la discussion. Or ce terrain, M. Jules Ferry l’a complètement déserté. Ses textes, il les emprunte à l’ancien régime ; ses autorités, il les demande à la restauration ou à la monarchie de juillet. N’a de valeur à ses yeux que ce qui est antérieur à 1848 ; tout ce qui suit est nul et non avenu. L’orateur officiel ne fait même pas exception pour M. Thiers : c’est à peine s’il mentionne le rôle décisif et les mémorables déclarations de l’éminent homme d’état dans la discussion de 1850. Il passe également sous silence celles de M. Jules Simon. La pétition Montlosier, l’arrêt de 1826, le rapport de Portalis et les ordonnances de 1828, voilà son domaine, j’allais dire son royaume, car on n’est pas plus monarchique en vérité que M. Ferry.

Nous avons déjà signalé tout ce qu’a de choquant cette évocation de l’ancien régime et de l’ancien droit dans une question de politique présente. Que si maintenant, laissant de côté le droit, nous allons aux faits, que reste-t-il de la thèse ministérielle ? « La liberté des congrégations religieuses n’est pas, dites-vous, inhérente au principe de la liberté d’enseignement. » Est-ce bien sérieusement que M. le ministre de l’instruction publique a pu risquer une pareille affirmation ? Quoi ! vous allez supprimer d’un seul coup 641 établissemens comptant 61,409 jeunes filles et jeunes gens, dont 9,513 boursiers, et vous avez la prétention de ne rien faire de contraire à la liberté. d’enseignement ? Comme si vous ignoriez que les congrégations enseignantes sont seules en état de lutter contre nos trois cents collèges et lycées ; qu’elles seules ont profité de la loi de 1850 pour fonder de grands établissemens rivaux de ceux de l’Université ; que l’enseignement libre laïque est en pleine décadence ; que par suite enfin fermer les maisons des jésuites, des dominicains et des maristes serait en quelque sorte rétablir le monopole universitaire. Si c’est là ce qu’on veut, qu’on le dise donc ; qu’on ait ce courage ; c’est une politique après tout que celle du Culturkampf, elle a ses périls, mais elle a sa grandeur aussi. Seulement, quand on la pratique, il faut le faire au grand jour.

La seconde partie de l’argumentation ministérielle, hâtons-nous de le dire, est plus nette. Ici M. Jules Ferry ne s’attarde plus à de vaines subtilités. Il va droit au but, c’est-à-dire à la société de Jésus. Il nous la montre « redevenue presque aussi puissante qu’elle