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dit pas plus que l’exposé des motifs de M. Jules Ferry, et l’un n’est pas plus concluant que l’autre, car pour cette prétention de constituer la république, l’héritière et la gardienne des traditions de ces grands libéraux qui s’appellent S. M. Louis XV ou S. M. Napoléon, c’est une plaisanterie que des esprits sérieux devraient désormais s’abstenir de mettre dans leurs rapports. Si l’on veut une république libérale, qu’on respecte la liberté même chez des adversaires. Si l’on veut rétablir de vieux monopoles, en invoquant M. Troplong comme théoricien, il faut savoir ce qu’on fait et ne pas déguiser sa pensée sous de vains euphémismes. Il faut savoir aussi que le gouvernement du monopole ne s’appelle pas la république. Voilà toute la question !

Qu’en sera-t-il de la discussion qui s’ouvre demain ? Il n’est pas certainement impossible que la loi de M. Jules Ferry soit votée ; mais ce qu’il y a de plus étrange, c’est qu’un grand nombre de ceux qui la voteront sont les premiers à la juger avec une extrême sévérité. Ils conviennent que c’est une déplorable loi, qu’elle ne répond à aucune nécessité, qu’elle est pleine de dangers ou qu’elle sera inefficace, que c’est là une œuvre décousue et incohérente. Ils conviennent de tout ; mais ils voteront la loi, ils l’avouent tout bas, et pourquoi la voteront-ils ? Un peu parce qu’ils n’osent pas mettre dans un bulletin public ce qu’ils pensent, un peu aussi parce qu’ils craignent d’ébranler le ministère, de sorte que ce sera en réalité un vote accordé presque par grâce, sans conviction. Et voilà comment M. Jules Ferry, avec sa loi, fortifie un cabinet qui n’aurait, après tout, qu’à se dégager de ces solidarités dangereuses, à se fixer sur un terrain de sérieuse modération pour faire utilement les affaires du pays !

Telle est la singulière fortune des affairés d’Orient : la situation nouvelle, pour avoir été réglée dans un congrès, pour avoir reçu, la sanction des décrets souverains de la diplomatie, ne reste pas moins assez laborieuse, elle a de quoi occuper longtemps l’Europe. La question générale est sans doute résolue pour le moment, elle est résolue en principe par une paix que personne ne songe à contester sérieusement. Les grosses difficultés ont disparu, les petits incidens imprévus sont toujours prêts à renaître, et s’ils ne sont pas attentivement surveillés, ils peuvent ramener quelquefois à des complications plus graves. C’est l’éternelle histoire de ces allumettes chimiques dont parlait au temps passé lord Palmerston et qui ont joué un si étrange rôle dans les affaires de l’Europe. Il y a toujours un certain nombre de ces allumettes dans les affaires d’Orient où tant d’intérêts s’agitent, où tant d’influences se rencontrent et où les complications naissent les unes des autres au sein d’une confusion invétérée.

On croît tout terminé en Bosnie par le traité qui a définitivement réglé la position respective, les relations officielles de la Porte et de