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épargnés. Quelques autres émigrés de marque, connus par leurs tendances libérales, tels que le prince de Poix, le marquis de Montciel, le comte de Croix et un petit nombre d’autres, furent aussi ménagés. Quant à Lameth, à M. de Lusignan, dès qu’ils parurent à Londres, ils furent obligés de déguerpir.

Ce fut bientôt le tour de Montlosier. Nous avons parlé des tracasseries qu’il avait dû subir à Bruxelles et à Coblentz. La continuité de ses relations affectueuses avec Lally, avec son amie la princesse d’Hénin, avec Malouet et tout le parti constitutionnel, appela sur lui l’attention. Il fut menacé de proscription. Ces tentatives devinrent si positives qu’il crut devoir s’en plaindre soit au comte de Provence, soit au comte d’Artois.

Après avoir consulté l’évêque d’Arras, qui avait sa confiance, le comte d’Artois fit à Montlosier cette réponse :


« Edimbourg, 15 septembre 1796.

« J’ai reçu, monsieur, la lettre que vous m’avez écrite le 31 août, et j’ai examiné les réflexions que vous a suggérées le bruit que vous m’apprenez qu’on a fait circuler à Londres et auquel vous paraissez attacher un grand intérêt. Je n’entrerai ici dans aucun détail à cet égard; M. le duc d’Harcourt, qui vous remettra cette lettre, est chargé de vous faire connaître mon opinion sur cet incident. Soyez persuadé, monsieur, de mes sentimens pour vous.

« Signé : CHARLES-PHILIPPE. »


Montlosier recevait en même temps du duc d’Harcourt cette autre lettre intéressante :

« J’ai l’honneur de vous envoyer la réponse de Monsieur à la lettre que vous avez désiré que je lui fasse parvenir. Son altesse royale me l’a adressée à cachet volant dans l’intention que j’en prenne lecture. Monsieur ajoute dans la lettre dont il m’a honoré qu’il désire que tous les Français fidèles vivent plus que jamais dans la paix et dans l’union et réunissent tous leurs efforts pour le rétablissement de la monarchie, que tout ce qui tendrait à altérer cet esprit de concorde ne peut que lui être infiniment désagréable; qu’il n’a jamais eu d’occasion de suspecter vos opinions ; mais que vous devez sentir qu’il ne peut intervenir dans des discussions aigries par des tiers et qu’il souhaite de voir ensevelies promptement dans le plus parfait oubli; qu’au reste, il ne doit s’en rapporter sur cette affaire qu’à la réponse du roi à la lettre que vous avez écrite à sa majesté. »

La réponse du comte de Provence ne se fit pas attendre. Le ton