Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 33.djvu/933

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


milieu des influences extérieures qui s’exercent sur notre sculpture, on y retrouve toujours le ferment du génie national. Est-ce à dire que ces élémens s’excluent ou se combattent ? Pas le moins du monde. Ce sont des frères différens par un certain goût de culture et par le tour de l’esprit.

S’il est dans l’art un genre qu’ils cultivent dans la plus parfaite harmonie et pour lequel l’école tout entière manifeste sa prédilection, c’est le portrait. Ainsi nous avons cette année de M. Chapu la statue-portrait d’un jeune garçon dans laquelle l’auteur a mis toute la finesse de son goût, toute la grâce de son ciseau ; et voici de M. P. Dubois le charmant buste d’une très jeune fille et de M. Hiolle une tête pleine de caractère, celle de M. Mascart, professeur au Collège de France. Ou est la supériorité des tendances ? où serait le dissentiment ? On ne saurait vraiment le dire, et nous ne le chercherons pas. Contentons-nous de passer en revue nombre de bons bustes dignes des traditions des trois siècles précédens. Pendant cette période considérable, la France s’est créé des titres de noblesse, et les talens de Germain Pilon, de Michel Anguier, de Girardon, de Coysevox, de Pajou, de Houdon marquent dans le développement de l’art du portrait des phases variées et toutes honorables pour son histoire. Aujourd’hui le buste de M. Boucicaut par M. Chapu ; les portraits de M. Christofle par M. Lafrance, de M. Marjolin par M. Cavelier, du peintre Munkaczy par M. Barrias, ne le cèdent pour le caractère et pour l’animation à aucun de ceux que l’on conserve au Musée moderne du Louvre. Si quelque chose témoigne de la sincérité de nos artistes, c’est la variété de leurs ouvrages, et elle est grande.

Le buste de Mme C. B. par M. Allouard a grand air, avec son mélange de parure et de simplicité. Le marbre est très bien traité, la bouche surtout est parfaite ; elle respire la raison en même temps que la bonne grâce et l’esprit. M. Moreau Vauthier a évoqué Juvénal des Ursins ; M. Franceschi a su mettre dans les yeux de Gounod la flamme qui les anime ; M. Thomas, dans le buste de M. Dumont, a bien rendu la gravité mélancolique du noble sculpteur ; les deux têtes exposées par Mme Sarah Bernhardt ont une vie particulière ? l’une d’elles, par son entrain, a quelque chose de scénique : elle appartient à la famille des bustes du Théâtre-Français. N’est-il pas vrai que ces bustes du Théâtre-Français, et ceux qui sont dans le foyer du public et ceux que l’on rencontre à chaque pas dans les pièces réservées, ont un caractère à part et qu’ils sont bien inspirés par le génie du lieu ? C’est, comme dans les maisons romaines, une galerie d’ancêtres. On se sent au théâtre. Les visages ont des rehauts creusés par le ciseau, des empâtemens donnés par la râpe, qui sont comme les touches du bistre et du fard. La passion déborde