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moins un ancien pensionnaire, M. Allar, nous a donné la preuve du profit que l’on peut encore y trouver. Il l’a fait dans une mesure excellente et que l’on peut donner comme exemple. Il a choisi pour sujet la mort d’Alceste. La reine expirante est étendue sur un siège : sa tête est renversée sur le dossier. Ses yeux se ferment ; ils ne cherchent plus la lumière ; ils ne suivent plus dans le ciel les nuages, qu’emporte un tourbillon. « O mes enfans, dit-elle, vous n’avez plus de mère. » Eux éperdus, ployant sous le désespoir, s’attachent à ses vêtemens, supplient, caressent, veulent retenir ainsi cette mère qui leur échappe parmi leurs embrassemens. Combien ce groupe est touchant ! M. Allar l’a traité avec un sentiment profond et comme s’il y mettait une partie de lui-même. La scène nous apparaît dégagée de toute emphase mythologique ; il n’y a de place que pour l’expression toujours vivante des sentimens humains. M. Allar ne s’est-il pas montré le fidèle disciple d’Euripide qui l’a inspiré ? Et n’a-t-il pas touché le point par où l’antiquité reste-de tous les temps ?

Nous aurions grande envie de rapprocher de ce groupe, auquel le marbre achèvera de donner tout son prix, quelques ouvrages dans lesquels la mythologie et l’imagination ont une part à revendiquer. Nous mentionnerions d’abord une remarquable étude de M. Idrac : Mercure formant le caducée. Le personnage, nous n’osons dire le dieu, posé d’une manière un peu insolite, s’approche en rampant des serpens qui déjà s’enroulent autour de la baguette. Le dessin et le modelé sont fins, serrés, l’harmonie des formes est parfaite. Mais la fable est ici un prétexte plutôt qu’une raison. Il en est de même de l’Erigone de M. Devillez, largement modelée cependant et très habilement encadrée dans une peau de panthère ; et de même en est-il encore du joli Bacchus de M. Allouard et de l’Amour dominateur de M. Marioton. La belle Nymphe et le Persée de M. Leenhoff, qui dénotent une aspiration si résolue vers l’idéal, rentreraient mieux dans le cadre que nous voudrions remplir. Mais on ne peut se le dissimuler : cette année il y a pénurie. Pourquoi M. Chapu a-t-il seulement exposé des portraits ? Mieux qu’aucun autre statuaire il a respiré le parfum de l’antiquité, et lorsqu’on par le d’études classiques il est impossible de le passer sous silence. Dès ses premiers pas, il est allé à Phidias, et on pourrait dire qu’il est de l’école de l’Acropole d’Athènes. Les grandes déesses l’ont fortifié de leur souffle ; il est monté au Parthénon avec la procession des Panathénées, et il a fait de longues dévotions au temple de la Victoire sans ailes : la victoire n’a rien à lui refuser. Quelle lacune laisse dans notre examen l’absence d’œuvres comme la Jeunesse et la Pensée !