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Rome. L’étude de l’antique, qui devint la base de l’enseignement du peintre David, conserva à Rome, dotée de collections admirables, son rôle d’institutrice, et jusque il y a vingt ans, ce privilège de domination ne lui fut pas contesté. Aujourd’hui nos aspirations sont changées, et c’est aux maîtres florentins du XVe siècle que nous allons demander une direction et des exemples. Qui ne voit combien, au milieu de ces évolutions, l’étude la plus sincère de la nature a subi de déviations ? L’école française, toujours portée à un naturalisme modéré, n’a jamais cessé, dans la mesure de ses forces, de rechercher le vrai. Cette poursuite de la vérité pour elle-même, les élèves de David, après leur maître, l’avaient associée à l’amour des chefs-d’œuvre de l’antiquité dont l’essence et la signification leur étaient cependant mal connues. Leur travail, qui consistait à redresser la nature au moyen de l’antique et à humaniser l’antique par l’introduction des contingences de la nature, ne pouvait produire que des œuvres d’une expression incertaine. Dans le compromis qu’ils établissaient, la nature risquait de perdre tout caractère, l’antique de dépouiller tout idéal. Des deux élémens le plus exposé aux compromissions graves, c’était peut-être l’antique. On ne se rendait pas alors un compte exact de la marche suivie par l’art grec, on ne savait pas assez que c’étaient les poètes qui d’abord avaient déterminé les types divins et que les artistes n’étaient venus que longtemps après leur donner des formes sensibles ; on ignorait en résumé qu’il ne pouvait être question en cette matière d’une sorte d’évhémérisme plastique qui eut élevé la nature jusqu’à l’idéal, mais tout au contraire d’un idéalisme absolu qui s’était, sans rien céder à la réalité courante, incarné. La connaissance de la symbolique des anciens n’était pas encore assez répandue. De là cette disposition à considérer les œuvres de la statuaire comme un répertoire de formes que l’on pouvait indifféremment adapter à tous les sujets. S’ils eussent pu voir cette sorte de profanation, qu’eussent dit les Grecs, qu’eussent dit les dieux ?

Les personnes qui se rappellent les Salons de 1840 à 1845 peuvent constater quel chemin l’éducation des artistes a fait depuis ce temps. Maintenant tout malentendu a cessé. La nature est plus en honneur que jamais ; l’antique, mieux connu, est également respecté. Peut-être l’est-il de trop loin, car non-seulement on n’a plus recours à sa canonique, ce qui est juste, mais il est de plus en plus rare que les sculpteurs lui empruntent sérieusement des sujets. Les pensionnaires de l’Académie de France à Rome n’envoient plus rien qui rentre dans la tradition, et depuis l’Achille de M. Lafrance l’antiquité classique n’a plus été misé à contribution par eux, même pour fournir des programmes. Cette année du