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I

C’est peut-être la première fois qu’à l’occasion du Salon la Revue s’occupe de l’architecture. Et cependant cet art, qui est le premier des arts et qui les réunit tous, n’a jamais cessé d’avoir dans notre pays un rôle considérable, prépondérant. Il a toujours été singulièrement actif et, comme cela devait être, il a eu l’initiative des travaux qui ont fait le plus d’honneur à la peinture et surtout à la sculpture françaises. Aujourd’hui encore il jette un éclat tout particulier, et on peut dire qu’à aucune époque les études architectoniques n’ont embrassé un champ aussi vaste, et que nulle part elles ne sont mieux organisées. L’état, avec la conscience de ses devoirs traditionnels et par un juste sentiment du progrès, s’est de plus en plus attaché à les développer et à les régler, et aujourd’hui elles reposent sur un ensemble d’institutions qui ne sont peut-être pas suffisamment reliées entre elles, mais qui du moins forment un ensemble imposant. C’est d’abord l’École des beaux-arts avec sa section d’architecture, qui ne compte pas moins de cinq cents élèves et qui, bien que son enseignement soit exclusivement classique, reste la maison-mère à laquelle tous les architectes, à très peu d’exceptions près, viennent demander leur initiation. C’est ensuite l’École de Rome, qui, depuis cent ans surtout, n’a cessé de porter ses investigations sur les monumens de l’antiquité et d’en rajeunir continuellement l’étude. A la tête, ce sont les grands services des Bâtimens civils, des Monumens historiques et des Édifices diocésains, qu’il suffit de nommer pour faire comprendre les intérêts-considérables qu’ils représentent ; et c’est le service des Travaux de la ville de Paris, important comme celui d’un état. Si nous ajoutons à ces élémens de travail et de mouvement officiels l’appoint qui leur vient de l’enseignement libre que soutiennent de nombreux ateliers et l’École spéciale d’architecture, le concours des sociétés d’architectes, l’intervention des efforts privés qui se manifestent par des publications et des travaux de toute sorte, nous aurons un premier aperçu des forces dont dispose en ce moment chez nous l’art de l’architecture. La haute estime dont ses représentans semblent avoir été l’objet de la part des étrangers à l’exposition universelle, plus encore que les récompenses qu’ils ont obtenues, nous font penser qu’il est encore un honneur pour notre pays.

A la vérité, si l’architecture est un art, c’est aussi une science et c’est aussi une industrie ; si elle a son esthétique et ses théories, elle a également son histoire et sa technique, et tous ces élémens sont étroitement liés les uns aux autres ; ils sont solidaires. De là