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CONSIDERATIONS
SUR
LA LIBERTE COMMERCIALE

Parmi les nombreux écrits inédits de mon père (qu’il ne songeait pas à publier lui-même, et dont plusieurs effectivement ne pourraient être dès à présent livrés à la publicité) se trouvent divers traités relatifs à des questions d’économie politique. Quelques-uns ont un caractère purement scientifique et ne peuvent être tout à fait appréciés que par ceux qui s’adonnent à ce genre d’étude à un point de vue théorique et spéculatif. D’autres ont trait à des débats élevés dans les assemblées législatives dont mon père avait fait partie, et présentent ainsi un intérêt plus général. De ce nombre est l’examen de la discussion qui eut lieu en 1851, à l’assemblée nationale d’alors, sur la liberté commerciale. En relisant ces réflexions, au milieu des contestations qui sont engagées en ce moment si vivement autour de nous sur le même sujet, j’ai cru y reconnaître, non-seulement quelque nouveauté dans les aperçus, mais le mérite, plus inattendu pour un écrit d’une date déjà si ancienne, d’une certaine opportunité. Je pense donc qu’il n’est pas sans utilité de les soumettre au jugement des lecteurs.

Assurément tout a bien changé en matière économique, autant, et plus qu’en toute autre, depuis l’an de grâce 1851. Le régime protecteur était alors la base de toute notre législation commerciale. Un seul député osait proposer d’y introduire, et encore très timidement, quelques-uns des principes du libre-échange. Sa voix resta sans écho et fut même littéralement étouffée par une réplique vive et éloquente de M. Thiers. Le libre-échange n’ayant subi encore, du moins en France, aucune épreuve, M. Thiers fut à son aise pour traiter dédaigneusement le système d’utopie et son humble champion de rêveur.