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nippés, » et l’on emballait. L’abbé Deguerry, craignant sans doute de compromettre par sa présence les surveillans du dépôt, sortit dans la rue de Luxembourg et fut arrêté. On se jeta sur lui comme sur une proie d’élite. Il était prêtre, il avait soixante-quatorze ans ; c’était de quoi faire tressaillir d’aise le cœur des vrais communards. On l’injuria ; on lui cria : « Tu te sauvais, tu n’es qu’un lâche ! » On l’emmena, et il fit alors le premier pas sur le chemin douloureux qui devait le conduire au mur de la Grande-Roquette.

L’abbé était aux mains des fédérés, mais l’expédition durait encore, car le pillage n’était pas terminé ; on le compléta. On empaqueta toutes choses avec soin, on fit venir un fiacre, — attelé d’un cheval gris, — et le commissaire de police s’éloigna avec son butin. Les hommes retournèrent au poste. Battou était si outrageusement chargé de victuailles qu’un lieutenant nommé Crépieux le traita de voleur et lui fit rendre gorge. Malheureusement pour lui, Battou conserva les bagues, et, avec une imprudente galanterie, il en fit cadeau à sa femme. Une de ces bagues était un anneau orné d’un diamant qui valait environ 500 francs. La femme Battou l’engagea au mont-de-piété pour cent sous. Lorsqu’elle fit opérer le dégagement par son amant, auquel elle avait donné la reconnaissance, on fut surpris de la modicité du prix, qui n’était pas en rapport avec la valeur du nantissement. On fit une enquête ; chez la Battou, l’on découvrit une bague chevalière en or, gravée aux initiales G. D., — George Deguerry, — on suivit la piste et l’on put mettre la main sur onze individus, — dont sept furent condamnés, — qui avaient participé au pillage du presbytère de l’Assomption. C’est là ce que sous la commune on appelait exécuter les mandats d’amener de la sûreté générale.

Parfois on n’a même pas lie prétexte d’une arrestation et d’une perquisition à opérer ; on vole tout simplement et avec une désinvolture extraordinaire. C’est vraiment le monde renversé. Les dépositaires de l’autorité, habituellement institués pour faire respecter la loi, violent ouvertement la loi et usent de leur autorité pour commettre des crimes. Ce fias, qui est extrêmement rare en temps régulier, semble être devenu l’état normal de la commune. Un commissaire de police, qui n’est autre qu’un fort médiocre agent d’affaires, s’installe, après le 18 macs, dans un des quartiers commerçans les plus populeux de Paris ; ce n’est point un homme malfaisant, et c’est pourquoi je ne le nommerai pas. Je trouve à son avoir des actions réellement bonnes ; il sauve plusieurs prêtres de saint Vincent-de-Paul, il protège des sœurs de charité, il prévient un négociant qu’il ait à pourvoir à sa sûreté. Cela ne l’empêche pas d’ordonner des arrestations arbitraires et de faire enfermer à Saint-Lazare une pauvre femme, qui en est tellement émue qu’elle