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apercevoir dans mes interlocuteurs, j’étais poli ; je faisais même des révérences ; Cazalès, point. Il les bourrait de la bonne manière. A la fin, on n’osait pas l’approcher. »

Cependant la mission que Mallet Du Pan avait acceptée sur les instances de Bertrand de Molleville n’aboutissait pas. Elle contrariait beaucoup les dispositions des princes. Ce n’était pas assez de ces obstacles. Quand il fallut s’approcher des ministres d’Autriche et de Prusse, ceux-ci, accoutumés à voir se produire de tous côtés des agens de toute espèce, n’écoutèrent et ne reçurent Mallet qu’avec les égards dus à son mérite personnel.

Ce fut à ce point qu’il dut écrire pour que Bertrand de Molleville lui envoyât un billet de la main du roi. Ce billet lui fut transmis courrier par courrier, dans le talon d’une paire de bottes. Il était ainsi conçu : La personne qui présentera cet écrit connaît mes intentions. On peut prendre confiance dans ce qu’elle dira. C’est avec cette courte lettre de créance certifiée par le maréchal de Castries que Mallet se présenta aux trois ministres de Prusse et d’Autriche, le comte de Cobentzl, M. Heyman et le comte Haugwitz; les conférences s’ouvrirent. Le mémoire qu’il lut n’était que la reproduction des idées du parti constitutionnel. Le roi y exhortait les princes et les émigrés à ne pas faire prendre à la guerre, par un concours hostile et offensif de leur part, le caractère de guerre étrangère faite de puissance à puissance. L’arbitrage devait être réservé au roi, lorsque la liberté lui serait rendue. Les émigrés ne devaient jamais être employés en première ligne, mais seulement à la suite des armées et à garder les places dont on s’emparerait. Enfin un congrès serait assemblé dans lequel les divers intérêts seraient discutés sur des bases à arrêter.

Les ministres étrangers n’étaient pas loin de donner leur adhésion à ces propositions; mais, avant de les adopter, il fallait en rendre compte aux deux souverains, parties principales dans l’affaire. Or François II, élu nouvellement à Francfort, s’était empressé d’aller se faire couronner à Mayence, et le roi de Prusse avait quitté Coblentz. Mallet Du Pan fut obligé de s’en tenir à des promesses qui devinrent bientôt évasives.

Dans ces conférences, le comte de Cobentzl jugea à propos de se plaindre de l’ancienne politique du cabinet de Versailles, de ses astuces, de ses perfidies. Il accusait principalement le baron de Breteuil; mais ce qu’il y a de plus curieux, c’est que les ministres étrangers suspectaient hautement les princes émigrés non-seulement de contrarier les volontés de Louis XVI, mais encore de vouloir créer une régence.

Mallet chercha autant qu’il put à adoucir ces plaintes, et il soumit