Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 33.djvu/76

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


âgée de six ans. Mercœur obtint 230,000 écus pour les frais de la guerre et 17,000 écus de pension [1].

Dans l’édit de paix qui fut accordé à Mercœur, Henri IV alla jusqu’à excuser le duc de n’être pas rentré dans son devoir aussitôt après la réconciliation du roi avec le pape; il le loua d’avoir par ce retard et en se maintenant en Bretagne empêché les ligueurs bretons de donner aux Espagnols l’entrée en Bretagne, pendant que lui-même était occupé au siège d’Amiens.

C’était montrer une condescendance peut-être fort politique; mais Henri IV avait beau faire et beau dire, il ne satisfaisait entièrement personne. Voici ce que les catholiques écrivaient de lui : « Henri IV est tout pour les protestans. Il a donné la surintendance des finances au duc de Bouillon, qui est huguenot, et l’intendance à Rosny, un autre huguenot... pour gagner particulièrement le duc de Biron (nous sommes en 1599), il veut lui faire épouser Mme de Rohan, qui est huguenote, en lui faisant donner 300,000 écus comptant. Voilà le vrai sur ses pratiques. Les catholiques sont mécontens [2]. »

Nous ne citons ce passage que parce que le nom de Mme de Rohan y est prononcé. Si elle fit un moment écho à ceux qui accusaient Henri IV de sécheresse de cœur et d’égoïsme, elle ne fut pas insensible à la grandeur du roi et elle rechercha sa faveur, sinon pour elle, au moins pour ses enfans. Elle avait encore l’humeur du siècle précédent. Elle fut et demeura toujours un peu rebelle. Elle souffla à ses enfans l’esprit d’indépendance et fit passer dans leur sang son propre courage avec quelque chose de son humeur étrange, hautaine et peut-être un peu trop jalouse.

Si Henri IV n’eut que peu d’amitié pour la mère d’Henri de Rohan, il n’y eut, on le verra bientôt, aucun alliage dans les sentimens qu’il éprouva pour Henri de Rohan lui-même. Tout d’ailleurs devait l’attacher à ce jeune seigneur; les souvenirs de Marguerite de Navarre, d’Isabel d’Albret, de la marquise de Rothelin, de René de Rohan, de Soubise, le rendaient naturellement cher à son cœur. Pour le roi, Rohan était un allié; pour le héros de tant de batailles, il était le petit-fils de Soubise; pour le signataire de l’édit de Nantes, il était le représentant d’une des plus illustres maisons du royaume, dévouée aux idées de la réforme et jalouse d’une tolérance si chèrement achetée.


AUGUSTE LAUGEL.

  1. En 1601, Mercœur alla servir l’empereur Rodolphe II, en Hongrie; il se distingua dans les guerres contre les Turcs. Il mourut à quarante-deux ans, de la fièvre, à Nuremberg, en 1602.
  2. Mémoire sur l’État des esprits en France en 1599, archives de Turin.