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tout le pays voisin et se rendit redoutable par ses sorties continuelles. Mercœur, tourmenté par les Nantais, ne se détermina à agir vigoureusement qu’au mois d’octobre 1591. Il envoya cette fois quatre mille Espagnols commencer un siège en règle : le canon fit brèche dans une des tours (la tour du moulin). Le Goust mit le feu à l’intérieur pour empêcher l’assaut. L’incendie gagna le principal corps de logis. Les Espagnols entrèrent malgré les flammes, et Le Goust capitula dans la tour de l’horloge. Le château fut entièrement pillé. On ne fit point violence aux demoiselles de la religion réfugiées dans le château; mais on fit brûler vif dans un gabion le concierge du château, parce qu’il avait eu sous clé des prisonniers faits sur la ligue [1]. Tous les religionnaires de Blain avaient pris la fuite; un assez grand nombre était allé auprès de Mme de Rohan; en 1596, nous savons qu’elle était à Monchamps en Poitou. Après la soumission du duc de Mercœur, Mme de Rohan revint habiter le château de Blain avec ses enfans. Elle le trouva tout à fait ruiné. Le Goust et les Espagnols n’y avaient rien laissé.

Elle fit revenir de La Rochelle à Blain le corps de son mari René pour le mettre dans le caveau où étaient ses ancêtres. La haine des habitans de Nantes contre les hérétiques était telle que le passage du convoi ne s’y fit pas sans difficulté et que les capitaines de la milice bourgeoise durent prendre des précautions pour que l’ordre ne fût pas troublé.

Catherine de Parthenay partagea désormais son temps entre le château de Blain et ses maisons du Poitou ; elle répara les ruines de Blain, mais elle n’y amena plus que rarement ses enfans et pour peu de temps.

Nous ne trouvons plus que rarement mention de Mme de Rohan dans les récits et mémoires du temps.

Elle allait quelquefois à la cour. « Le dimanche 22, Mme de Rohan fit prêcher publiquement à Paris, dans la maison de Madame, sœur du roy, où se trouvoient sept ou huit cent personnes, et dans le Louvre autant ou davantage au prêche qu’y fit faire Madame. Ce que le peuple de Paris, comme étonné, regardoit sans toutesfois s’en émouvoir davantage [2]. » Son nom ne tient que peu de place dans le règne d’Henri IV. Elle était heureuse de voir le fils de Jeanne d’Albret sur le trône, mais elle n’aimait guère le roi converti ; elle se plaignait de son ingratitude envers ceux qui avaient porté avec

  1. Il existe un Discours de la prise et ruyne de Blein advenue en novembre 1591, réimprimé dans les Mémoires de Duplessis-Mornay (édition de 1824, 5e vol. p. 100). Voir aussi d’Aubigné, Histoire universelle.
  2. Journal du règne d’Henri IV, 1, 2, page 173.