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est la souveraine maîtresse de ses libéralités dans ses conquêtes !

Elles ne nous appartiennent plus, quant à nous, ces provinces détachées par la guerre, elles ne sont plus à nous que par les souvenirs, par ce lien de solidarité intime qui déjoue les coups de la fortune ; mais, en dehors de toute politique, elles peuvent, elles doivent rester l’objet de cet intérêt qui a trouvé son expression dans l’œuvre d’humanité et de protection de la « Société des Alsaciens-Lorrains demeurés Français. » Cette Société de patriotique bienfaisance accomplit sa tâche sans faste et sans bruit ; elle s’est réunie ces jours derniers encore une fois pour entendre l’exposé de ses travaux. Une de ses créations les plus intéressantes est assurément la fondation d’un certain nombre de villages alsaciens-lorrains en Algérie. Le président de la Société, M. le comte d’Haussonville, est allé récemment lui-même visiter ces établissements naissans, si dignes de la sympathie publique ; il a raconté d’une manière aussi spirituelle qu’attachante son excursion. Ces villages, en réalité, vivent sous la protection vigilante qui a présidé à leur naissance. Les colons ont même déjà commencé à rembourser les avances qui leur ont été faites, rendant ainsi à la Société les moyens de continuer son œuvre par des créations nouvelles. Après ces premiers centres de colonisation qui s’appellent Haussonviller, Boukhalfa, un autre village va bientôt offrir un asile à de nouveaux émigrans. Tout cela est d’une prévoyance bienfaisante et pratique, en dehors de toute considération de politique et de confession religieuse. C’est l’expression libre et spontanée des sympathies françaises pour des populations qui, en quittant leurs foyers d’Alsace et de Lorraine, en refusant, même au prix d’une expatriation, de devenir étrangers, donnent obscurément à la France la plus touchante marque de fidélité.


CH. DE MAZADE.



ESSAIS ET NOTICES.
Ernest Bersot. — Mesmer, le Magnétisme animal, les tables tournantes et les esprits, Sédition. — Études et Discours (1818-1878).


M. E. Bersot nous donne à la fois deux ouvrages : l’un ancien et depuis longtemps populaire, mais fort augmenté et parvenu à une quatrième édition, sur Mesmer et le Magnétisme ; l’autre, nouveau, sous le titre d’Études et Discours, dans lequel il a réuni tout ce qu’il a écrit de puis dix ans. Dans ces deux volumes, M. Bersot se montre à nous sous trois points de vue différens : comme philosophe, comme journaliste, comme directeur de l’École normale. Il est toujours fin et spirituel ; mais il l’est diversement, suivant qu’il faut penser, discuter ou gouverner.