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ni par Galien ni par Aristote. Aussi commence-t-il par s’excuser de sa hardiesse : « Ce n’est pas, dit-il, dans les livres anciens, mais dans l’observation de la nature qu’il faut chercher la vérité, et ceux qui invoquent Galien souvent ne l’ont pas compris. Il n’y a pas d’esprit assez étroit pour croire que chaque art ou chaque science nous ont été légués par les anciens dans un état de perfection absolue telle que rien ne reste plus au génie et aux efforts de leurs successeurs. Néanmoins, que le sort en soit jeté, j’ai confiance dans la loyauté des savans et dans leur amour pour la vérité. » Ce n’est pas sans raison qu’il prenait ses précautions. En effet, comme dans un chapitre particulier il avait étudié avec le plus grand soin les mouvemens du cœur chez les animaux inférieurs, suivant en cela l’exemple illustre d’Aristote, un de ses adversaires, Primerose, le lui reproche amèrement : « Tu as, dit Primerose, observé une sorte de cœur pulsatile chez les limaçons, les mouches, les abeilles, les crevettes. Nous te félicitons de ton zèle : que Dieu te conserve des yeux si perspicaces ; mais pourquoi dis-tu qu’Aristote a refusé un cœur aux petits animaux ? Aurais-tu voulu faire entendre par là que tu sais ce qu’Aristote ignorait ? Ceux qui voient dans tes écrits les noms de tant d’animaux divers te prendraient pour le souverain investigateur de la nature, pour un oracle dictant du haut d’un trépied ses décisions. Je parle de ceux qui ne sont pas médecins et qui n’ont qu’une teinture de cette science ; mais en lisant les vrais anatomistes, Galien, Vésale, Fabrice, Casserius, on voit qu’ils ont donné des planches gravées où sont représentés les animaux disséqués par eux. Quant à Aristote, il a tout observé et personne ne doit oser venir après lui. »

Ce qui caractérise la polémique acerbe dirigée contre Harvey par les médecins de son époque, c’est l’abus du raisonnement et de la dialectique. Harvey a appris de son maître Fabrice qu’il y a des valvules dans les veines. Il en conclut que ces valvules facilitent le cours du sang veineux dans le cœur. À ce fait précis et irréfutable, on lui oppose un dilemme singulier : « De deux choses l’une, lui dit Parisanus : ou bien le cours du sang dans les veines est dirigé vers le cœur par l’effet de la pression artérielle, et alors les valvules sont inutiles, ou bien la circulation ne se fait pas comme tu l’indiques, et alors ta théorie est fausse. »

Primerose fait un raisonnement de même force : « Toutes les veines n’ont pas des valvules ; or d’un fait particulier on ne peut conclure une théorie générale, par conséquent de ce qu’il y a des valvules dans certaines veines on n’a pas le droit de conclure que le sang de toutes les veines revient au cœur. »

C’est par de pareils procédés logiques qu’on répond aux expé-