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le reçut; il ne le connaissait point, et sa contenance ne lui plut pas. « Je ne m’y fierais pas, dit-il, si un autre que M. de Soubise ne l’avait adressé. » Quelques jours après, le duc de Guise tombait sous la balle de Méré. Jamais aucun témoignage, aucun indice sérieux n’ont prouvé que l’assassin ne dût point porter seul la responsabilité de son forfait.

La paix faite, Soubise rentra dans les bonnes grâces de la reine; elle lui témoigna autant de confiance que par le passé et il ne désespéra pas de la ramener encore à la cause des calvinistes. Il lui fit sa cour à Lyon (en 1564), quand la cour y passa, et il resta assez longtemps auprès d’elle. Il la revit encore à Niort, quand elle fit le voyage de Bayonne, et l’accompagna avec une belle troupe de gentilshommes jusqu’à La Rochelle. Rentré chez lui, il dit à sa femme qu’il n’y avait plus rien à espérer de la reine et qu’il ne restait d’autre ressource que de s’emparer de la personne du roi (ce que les huguenots tentèrent de faire en 1567 à Meaux). Il revit pourtant la reine à Châteaubriant, au mois d’octobre 1565 et lui rappela le temps où elle feignait d’être de la religion. La reine tira d’un livre de psaumes des images peintes et voulut les lui faire baiser. Tantôt sur le ton plaisant, tantôt sur le ton grave, elle lui reprocha son entêtement huguenot : « Quand vous n’eussiez point esté plus avant que moy, vous en eussiez mieux faist. Mais vous voulez arracher tout d’un coup avec ce glaive à deux tranchants. »

Il revit encore Catherine à Moulins au mois d’avril 1566. Son biographe prétend que les catholiques eurent déjà l’intention d’exécuter dans cette ville le massacre qui fut fait à Paris plus tard, le jour de la Saint-Barthélémy, parce que les principaux chefs de la religion s’y trouvaient, « et desjà le maréchal de Bourdillon et le comte de Brissac, qui en avait la charge, estaient entrés en la chambre de la reyne (qui cependant devait se retirer dans un cabinet), estant armez de maille par dessoubs, et devoit le comte de Brissac prendre une querelle d’Allemaigne contre Mgr le prince, pour avoir occasion de mettre la main à l’épée avec ceulx qui estoient attirez pour ceste exécution. Mais il prit une soudaine peur à la reyne, comme encore elle luy prit semblable à la Saint-Barthélémy, de sorte qu’elle empescha lors que l’entreprise ne fust exécutée, de frayeur qu’elle avait, sans qu’on luy dist que M. L’amiral estoit desjà mort. »

Soubise ne devait pas être témoin du terrible drame, où sa cause faillit être étouffée dans le sang. A peine revenu de Moulins, il tomba gravement malade et il mourut cinq mois après, le 1er septembre 1566. Sa femme, qui ne l’avait point quitté pendant sa maladie, reçut son dernier soupir, et un moment avant de mourir, il donna sa bénédiction à sa fille, qui va maintenant nous occuper.