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déjà d’être beaucoup trop mêlée à nos luttes, d’y intervenir par la direction qu’elle donne à son enseignement de façon à froisser d’intimes susceptibilités. On l’accuse de ne pas faire la part assez large à l’éducation morale de la jeunesse, de ne pas savoir tenir entre les opinions extrêmes un assez juste milieu. Bref, elle a bien des ennemis et des ennemis bien puissans. Que sera-ce le jour où ses adversaires, exaspérés par la persécution, soutenus par l’opinion publique, qui finit toujours par se tourner du côté des opprimés, pourront la dénoncer comme la complice des rigueurs ministérielles ? Que serait-ce surtout le jour où, par un de ces retours de fortune qu’il faut toujours prévoir en ce pays, les proscrits d’aujourd’hui deviendraient les maîtres de demain ?

Ah ! ils sont bien légers et bien imprudens, ils aiment bien peu l’Université, les hommes qui voudraient l’entraîner avec eux dans les aventures et lui faire courir toutes les chances de leur propre fortune politique ! Ils ne savent pas quel abîme de haines et de colères ils vont creuser sous ses pieds, et quelle rude tâche ils préparent à ceux qui auront peut-être dans l’avenir à la défendre contre ses adversaires, comme ils défendent aujourd’hui les congrégations contre un fanatisme intolérant et mesquin. Non, le corps enseignant n’approuve pas cette politique d’oppression ; ce serait lui faire injure que de le penser ; qu’on le consulte, et l’on verra ce qu’il répondra. Qu’on lui demande ce qu’il souhaite, ce qu’il attend, ce qu’il espère ; qu’on lui permette de rédiger ses cahiers, car enfin dans toute cette affaire on n’a pas pris son avis, qu’on le laisse parler, et l’on connaîtra vite qu’il voulait des réformes, mais qu’il ne réclamait pas de proscriptions. La restitution à l’état de la collation des grades, une plus large représentation dans le conseil supérieur, l’inspection des établissemens libres rendue plus sérieuse, enfin et surtout la création d’un conseil spécial, investi d’attributions étendues, chargé des affaires intéressant exclusivement l’enseignement public, voilà ce que l’Université réclamait. Elle voulait des garanties contre les vicissitudes et l’arbitraire ministériels ; elle ne demandait pas de rigueurs contre les jésuites. Elle eût souhaité qu’on lui rendît ses anciennes prérogatives ; elle n’appelait pas de ses vœux l’iniquité qu’on va peut-être commettre. Et certes, si M. le ministre de l’instruction publique la connaissait mieux, s’il était mieux informé de ses besoins, de son esprit, ce n’est pas à la compromettre dans une vaine tentative de réaction qu’il eût donné ses premiers soins, c’est à la mettre en dehors et au-dessus de nos tristes conflits d’opinion qu’il se fût appliqué. Elle n’est déjà que trop, dans la politique, soumise aux influences parlementaires, obligée de subir leurs caprices et leurs évolutions, conduite au jour