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trouverait difficilement leurs pareils, et l’on peut dire à leur honneur que jamais, à aucune époque, aucun parti n’a contesté l’autorité de leurs décisions. Toutefois en se plaçant au point de vue de certaines susceptibilités, peut-être exagérées, mais qui existent, au point de vue des susceptibilités de l’enseignement libre, n’est-on pas conduit à penser que des jurys d’où seraient exclus les professeurs des facultés de l’état aussi bien que ceux des facultés libres offriraient une impartialité plus haute encore ? C’était la conclusion à laquelle était arrivé le ministre qui eut l’honneur de diriger l’instruction publique de 1863 à 1870, et bientôt après la commission extra-parlementaire présidée par M. Guizot. C’est cette même conclusion que l’honorable M. Raoul Duval soutint devant la chambre en 1875 et 1876 et qui ne rencontra alors aucune objection de principe. On se contenta de la repousser et le jury mixte de M. Chesnelong l’emporta sur le jury d’état de M. Raoul Duval. Mais nous ne croyons pas que ni dans cette circonstance ni dans aucune autre on lui ait opposé des argumens bien solides.

Et tout d’abord le jury d’état ne serait pas une innovation, comme on l’a prétendu. Il existe déjà sous une forme ou sous une autre à tous nos degrés d’enseignement, et nous ne sachons pas qu’il ait donné de mauvais résultats. Dans l’instruction primaire, c’est un jury nommé par le conseil départemental qui fait passer les examens du premier et du second degré ; la loi n’a pas voulu que les candidats de l’enseignement libre fussent examinés par des instituteurs communaux. Dans l’enseignement secondaire, le titre d’agrégé, qui est le titre par excellence, est conféré par un jury d’état, d’où sont soigneusement exclus les maîtres de conférences de l’École normale supérieure, qui pourraient être suspects d’involontaire complaisance à l’égard de leurs élèves. De même pour l’agrégation de droit et de médecine. Ces jurys comptent toujours trois magistrats pour l’une et trois membres de l’Académie de médecine pour l’autre. Enfin ne sont-ce pas des jurys d’état qui fonctionnent à l’entrée de la plupart de nos grandes écoles, militaire, polytechnique, de la marine, etc. ? Les examinateurs à l’entrée et souvent même à la sortie de ces grandes écoles ne sont-ils pas choisis en dehors du cadre des professeurs ? Le dualisme qui existe malheureusement ailleurs entre l’enseignement public et l’enseignement privé n’était pas à craindre là. Saint-Cyr et l’École polytechnique n’ont pas d’établissemens concurrens comme nos collèges et nos facultés. Néanmoins l’administration de la guerre a pensé que des commissions composées de membres étrangers pour la plupart à nos écoles présenteraient plus de garanties d’impartialité, et chaque année, depuis bien longtemps, c’est à des commissions de cette sorte qu’elle confie la