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fut défendu aux prédicateurs et aux professeurs de les injurier et de soulever les peuples contre eux. Les universités, collèges, etc., furent ouverts à leurs enfans. Les causes des protestans furent portées à des chambres spéciales dites de l’édit, où les juges catholiques ne purent siéger que sur la présentation des calvinistes. Dans les parlemens de Paris et de Normandie, la chambre eut seize membres, dont quinze catholiques et un réformé. Dans les départemens du Midi, de Bordeaux, de Toulouse, de Grenoble, elle fut composée de deux présidens, l’un catholique, l’autre réformé, et de douze conseillers, dont six calvinistes. Les réformés furent admis à tous les états, offices, charges, dignités royales, seigneuriales ou municipales. Henri IV réussit à en faire admettre dans le parlement de Paris.

Au point de vue politique, — celui qui nous intéresse particulièrement, — l’édit avait donné à ceux de la religion une triple garantie : 1° les places fortes, 2° les assemblées, 3° les finances.

Pour les places de sûreté, l’édit en accorda deux cents, outre les places du Dauphiné. Le roi y entretenait les fortifications et payait les garnisons, ce qui coûtait 540,000 livres par an. Il s’engageait à ne nommer comme gouverneurs que des réformés ayant obtenu l’agrément des églises. Les places de sûreté furent accordées jusqu’à 1607 et ensuite jusqu’à 1611.

Henri IV lui-même ne put permettre longtemps aux assemblées de se réunir à leur gré, d’admettre les étrangers dans leur sein et de députer à l’étranger. Après la conspiration de Biron, on régla que les assemblées ne pourraient se réunir qu’avec l’autorisation du roi, dans un lieu consenti par lui. Dans l’intervalle des assemblées, les églises étaient représentées auprès de lui par deux ambassadeurs nommés députés généraux. Les assemblées de ceux de la religion étaient de deux sortes : ecclésiastiques ou politiques. Les ecclésiastiques commençaient par les consistoires, de là on passait aux colloques et aux synodes provinciaux et nationaux. Les consistoires, simples assemblées du ministre et des anciens dans chaque église, se tenaient toutes les semaines ; les colloques, qui recevaient les ministres et anciens députés des consistoires, tous les ans d’ordinaire ; aux synodes provinciaux se rendaient tous les membres de plusieurs colloques, on n’y députait point ; enfin aux synodes nationaux allaient les députés de plusieurs synodes provinciaux.

Les assemblées politiques se formaient d’une manière semblable, sauf que les consistoires députaient directement aux assemblées de province, sans passer par les colloques ; les assemblées de province députaient à l’assemblée générale, véritables assemblées