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avait suivi le prince devant Paris, et enfin à Dreux. Il commandait, pendant la bataille, avec Grammont, un bataillon français composé de deux mille cinq cents hommes de pied; le duc de Guise, voyant ce bataillon entièrement dépourvu de cavalerie, tira deux cents chevaux de ses troupes, fit marcher des arquebusiers sur sa droite, puis s’avança avec le bataillon espagnol contre le bataillon huguenot. Il en eut bon marché; Grammont et Frontenay (c’était, nous venons de le dire, sous ce dernier nom qu’on désignait alors Jean de Rohan) se retirèrent les premiers, au dire de Th. de Bèze, « et tous les soldats après eux, mais non pas si vite qu’eux pour ce qu’ils étaient à cheval et les autres à pied : tellement qu’il n’y eut que les trois premiers rangs qui combattirent après avoir tiré une volée de leurs quatre pièces de campagne. »

Deux ans après la bataille de Dreux, le roi Charles IX fit un voyage en Bretagne avec sa mère et le prince de Condé, au mois d’octobre 1565, et « averti, dit Crevain, de la désolation de la messe dans la paroisse de Blain, fit remettre sur pied le culte romain dans la grande église du bourg. » On n’eut plus le prêche que dans les chambres du château.

Le 15 février 1566, le vicomte de Rohan épousa Françoise de Tournemine, fille de René de Tournemine, seigneur de la Hunandaye. Françoise de Tournemine était catholique. « On ne voit pas, dit Le Noir de Crevain, qu’elle ait fait pécher son mari comme les femmes de Salomon, ni que l’église de Blain, pour l’amour d’elle, ait rien perdu de ses libertés. » Cette dame présenta des enfans protestans au baptême; « il faut dire que, bien que ces personnes-là fussent à demi rangées sous le joug de la vérité, on passait par-dessus leur religion, pour admettre des enfans en la vraie église. » Sa mère Isabel avait en vain essayé d’empêcher ce mariage, comme le prouve la lettre qu’elle écrivait de Pontivy, où elle s’était retirée, à son fils Jean, seigneur de Frontenay :

« Mon fils, je crois qu’avez peu entendre, comme après tous les beaux traictemens et ennuys que j’ai peu recevoir en ceste maison de votre frère, le peu de respect qu’il m’a porté, et non-seulement à moy, mais à la grandeur de sa maison et à tous ses parents et amys, ayant prins alliance sans en daigner parler à aulcun, fors qu’à ses bons gouverneurs qui l’ont guidé par le passé, taschant toujours à la ruyne totale de sa maison et croy qu’à présent ilz sont arrivez au comble de leurs désirz. A cette cause estant délibérée de n’en plus endurer et advertye de la donation qu’il a faicte de ses meubles, désire supplier le roy d’être remise en premierz contractz et me retirer de leur compaignie, n’espérant pas le party d’une femme de race de trop nécessiteuse, avoir mieulx pour l’advenir. En attendant moyen de faire telle remontrance à sa majesté,