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cruauté a saisi ces hommes ; Frédéric Cournet, qui fut l’un des moins violens d’entre eux, fait une motion dont la brutalité est incompréhensible : « Considérant que dans les jours de révolution, le peuple, inspiré par son instinct de justice et de moralité, a toujours proclamé cette maxime : « Mort aux voleurs ! » la commune décrète : Art. 1er. Jusqu’à la fin de la guerre, tous les fonctionnaires accusés de concussions, de déprédations, de vols, seront traduits devant la cour martiale. La seule peine appliquée à ceux qui seront reconnus coupables sera la peine de mort. Art. 2. Aussitôt que les bandes versaillaises auront été vaincues, une enquête sera faite sur tous ceux qui, de près ou de loin, auront eu le maniement des fonds publics. » La motion de Cournet est adoptée avec un amendement : aux fonctionnaires on ajoute les fournisseurs. Autant voter une exécution en masse. Miot, Régère, E. Pottier veulent établir, dès à présent, une commission de comptabilité ; le décret qu’ils proposent est voté. Régère, qui préside, fait remarquer que c’est une cour des comptes que l’on va installer, et il ajoute : « Je crois qu’elle sera d’une grande utilité. » Il me semble que cette commune, si parfaitement révolutionnaire et si foncièrement novatrice, rentrait un peu dans les vieilles ornières de la monarchie. La peine de mort, passe encore, cela sent convenablement la loi de prairial ; mais la cour des comptes, dont l’organisation actuelle a été déterminée par le décret du 16 septembre 1807, c’était là, si je ne me trompe, faire œuvre de réaction et prêter à rire aux mauvais plaisans.

Un contrôle sérieux n’eût point été superflu ; deux jours après, dans la séance du 21 mai, la séance suprême, alors que nos soldats cheminaient déjà dans Paris et que la commune ne le soupçonnait même pas, Jourde dit : « Je demande que l’assemblée prenne une décision qui touche vos finances. Hier il y a eu une dépense de 1,800,000 francs ; depuis dix jours, il y a eu une augmentation de 4,500,000 francs [1], » et Jourde, cherchant encore à rassurer le crédit public, — qui n’existait plus, — s’élève avec force et obtient un désaveu de la commune contre la note par laquelle Grélier, membre du : comité central, a déclaré que les titres de rentes appartenant aux « émigrés » seraient brûlés, si ceux-ci ne rentraient dans Paris avant vingt-quatre heures. Paschal Grousset regimbe un peu : « Tout en blâmant l’insertion de la note de Grélier, dit-il, je demande qu’on prenne des mesures pour

  1. Je crois qu’il ne doit pas y avoir hésitation sur la somme : la réimpression du Journal officiel de la commune dit 45 millions, ce qui est impossible ; le Journal officiel, édition originale, dit 4,5000,000, ce qui est une faute typographique. 4,500,000 flr. pour dix jours donne 450,000 fr. par jour ; c’est là une augmentation normale et qui représente, fort probablement, le chiffre que Jourde a énoncé.