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régulièrement son identité. Art. 3. L’exhibition de la carte d’identité pourra être requise par tout garde national. Le comité de salut public : ANT. ARNAUD, BILLIORAY, E. EUDES, F. GAMBON, G. RANVIER. » Cet arrêté était si peu en harmonie avec les mœurs du XIXe siècle qu’il fut considéré comme non avenu et qu’il alla retrouver les vieilleries de Marat et d’Hébert dans les ; oubliettes de l’histoire [1].

Le 17 mai la séance fut exceptionnellement grave, car on y adopta une résolution, on y décréta une mesure qui seule dégrade à jamais de l’humanité les êtres qui s’en sont rendus coupables. Soixante-six membres sont présens. Léo Meillet préside. Urbain donne lecture d’un rapport du lieutenant Butin, de la 3e compagnie du 105e bataillon, d’où il résulte qu’une ambulancière soignant les blessés sur le champ de bataille a été faite prisonnière par les Versaillais, qui l’ont massacrée après lui avoir infligé les derniers outrages. C’est à l’aide de sa longue-vue que le susdit Butin a constaté le crime. Je crois inutile de dire au lecteur que le fait relaté était absolument faux. Il est possible que les hommes de la commune y aient ajouté foi ? ils étaient si particulièrement crédules et ignares que certains d’entre eux ont dû accepter ce mensonge avec confiance sans même le discuter. Le citoyen Urbain demande que dix otages soient choisis parmi ceux que l’on tient sous la main, et qu’ils soient solennellement fusillés dans les vingt-quatre heures, cinq à l’intérieur de Paris et cinq aux avant-postes. « J’espère, ajoute Urbain, que ma proposition sera acceptée. » Jean-Baptiste Clément appuie la proposition et désire adresser une question au docteur Parisel, chef de la délégation scientifique. Or le chef de la délégation scientifique était chargé de réunir les moyens de détruire Paris, si l’armée française en forçait les portes. On réclame le comité secret, qui est voté. Que s’y passa-t-il ? A cette question l’on pourrait répondre par ce que Jules Vallès : écrivait L’avant-veille : « On a pris toutes les mesures pour qu’il n’entre dans Paris aucun soldat ennemi. Les forts peuvent être pris l’un après l’autre, les remparts peuvent tomber ; aucun soldat n’entrera dans Paris. » Lorsqu’Urbain eut reçu de Parisel des affirmations rassurantes, la séance fut reprise. Rigault propose de frapper les coupables, c’est-à-dire les otages et non les premiers venus. Il demande la création d’un tribunal exceptionnel dont les arrêts seront exécutoires dans les vingt-quatre heures. Urbain n’insiste pas : « Si l’on nous donne les moyens d’exercer légalement, d’une façon convenable et promptement les représailles, je serai satisfait. » Le citoyen Amouroux, qui du 17 mars 1869 AU 26 avril 1870 avait été condamne dix fois pour attentat à la sûreté de l’état, dégorge d’un mot les lèpres qui le

  1. A ce moment l’on exige que tout propriétaire fournisse la liste des locataires de chaque maison ? on devait indiquer le sexe, l’âge et la profession.