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lion armé, couronné et lampassé d’or, qui appartiennent aux Clisson[1].

Le connétable Olivier avait fort agrandi le château : après la bataille d’Auray, où il perdit un œil, il avait demandé au duc de Bretagne de lui donner le château du ; Gavre avec la forêt; « à quoy luy respondit ledict duc qu’il l’avoit donné au capitaine Chandos, Anglais; à quoy ledict messire Olivier respondit par telles paroles :— Je donne au diable, si jà Anglais sera mon voisin. — Et sur tant s’en partit ledict messire Olivier avec une grande compaignie de gens de guerre et vinct audict lieu du Gavre, et brusla et fict brusler ladicte place et chasteau, et ce faisant s’en alla à Blaing, et peu de temps après il fit prendre et emporter grand nombre de pierres du chasteau au Gavre, au lieu dict de Blaing, auquel il fist faire partie du chasteau de Blaing (la tour du connétable) [2]. » Le connétable habitait plus souvent Josselin que Blain; il mourut à Josselin en 1407.

Alain IX et Jean II de Rohan habitèrent constamment Blain. Les fils de ce dernier n’eurent point d’enfans, et Anne de Rohan, l’aînée de ses filles, épousa Pierre de Rohan, seigneur de Frontenay, de la branche cadette de Rohan-Gyé. C’est de cette Anne de Rohan et de son cousin que descendirent tous les autres vicomtes et plus tard le duc de Rohan.

Le dernier Rohan de la branche aînée, Jacques, était très faible d’esprit. Il avait un frère dans les ordres, évêque de la Cornouailles : comme lui-même n’avait pas d’enfans, son père avait stipulé dans le contrat de mariage d’Anne de Rohan (27 septembre 1515) que, s’il ne restait point d’héritier direct de son nom, le sieur de Frontenay, qui épousait sa cousine Anne de Rohan, et leurs enfans, prendraient et porteraient le titre et les armes des vicomtes de Rohan.

Pierre de Frontenay, le chef de cette nouvelle lignée, fut tué à la bataille de Pavie (1525). Sa veuve Anne ne lui survécut pas longtemps; dans son testament, elle recommanda ses deux enfans, encore en bas âge, à Marguerite de Navarre, la sœur du roi François Ier « En recommandant mesdicts enfans à ladicte dame et à mondict bon cousin, monsieur de Rieulx, requérant icelle dame me pardonner la hardiesse que je prends lui faire ceste requeste; que je luy supplye me octroyer par sa charité et bonté dont par cy devant a usé envers moy. »

On va voir que ces quelques lignes tracées par une main déjà défaillante eurent des effets considérables : la destinée a des mystères

  1. Cet M est l’M onciale du XIIIe siècle, qui avait été adopté, nous ne savons pourquoi, par les Clisson, longtemps avant le connétable; cette lettre a été retrouvée aussi à l’ancien hôtel de Clisson, devenu l’École des Chartes.
  2. Le Château de Blain'', par M. Prével. Nantes, 1869.