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Le mot, dégagé des interprétations radicales, n’est pas moins d’une certaine vérité. Le gouvernement, — et par là nous n’entendons pas tant le ministère seul que tous les pouvoirs, tous ceux qui peuvent diriger ou aider à diriger, — le gouvernement des affaires de la France « manque d’orientation. » Voilà toute la question, que ces six semaines de vacances parlementaires n’ont ni simplifiée ni atténuée, qui se retrouve tout entière, plus pressante, plus irritante que jamais au moment où les chambres rentrent à Versailles, où tous les pouvoirs vont être de nouveau en présence. L’alternative est claire et impérieuse pour eux : ils ont à décider sans plus de retard s’ils s’arrêteront, s’ils feront un énergique effort pour se ressaisir et se redresser en quelque sorte eux-mêmes ou s’ils se laisseront aller, faute d’une direction supérieure, en gémissant, à ce courant troublé, mêlé de conflits factices, de crises obscures, d’incidens plus ou moins bruyans, plus ou moins sérieux.

Tout est là, et on ne dira certainement pas que c’est l’état moral du pays qui pèse sur les pouvoirs publics, qui rend la sagesse et la résolution difficiles. S’il y a un phénomène frappant au contraire, c’est la tranquille longanimité de cette nation française, qui se laisse si aisément conduire et même tromper quelquefois, qui donne tout ce qu’on sollicite d’elle, hommes, argent, bonne volonté, soumis don, patience, et qui reste assurément en grande majorité étrangère à toutes les questions dont on l’assourdit. Le pays, il est sans doute au scrutin le jour où il faut voter, mais il est avant tout et tous les jours à ses affaires, à sa vie simple et laborieuse. Le pays, le vrai pays, il envoie des délégués à M. le président de la république, aux ministres, aux commissions parlementaires, pour demander à tous de s’occuper enfin de ses intérêts les plus pressans, de régler ses relations commerciales auxquelles il n’entend plus rien, de lui dire dans quelles conditions il peut travailler et se livrer à son industrie. Il demande à M. le ministre des affaires étrangères la paix, à M. le ministre des travaux publics des chemins de fer et des canaux, à M. le ministre de l’instruction publique des écoles, non des diversions tapageuses, au gouvernement tout entier une direction, aux assemblées une application éclairée et suivie à’ous les intérêts publics. C’est là ce que demande instinctivement, simplement, le pays, c’est toute sa politique. Le mal n’est point certainement dans cette masse nationale avec laquelle tout serait si facile. Le mal est dans ce qu’on peut appeler les région ; officielles et superficielles, dans les partis si obstinément occupés à se créer une vie toute factice qu’ils finissent par ne voir qu’eux-mêmes dans la politique, eux et leurs passions, leurs calculs, leurs ambitions et leurs préjugés.

Ce qui est certain, ce qui entre de plus en plus dans le sentiment général, c’est qu’au commencement de l’année il y avait une situation favorable, incontestée, dans laquelle le pays mettait volontiers sa con-