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engagement. Les villes lui offrirent alors leur appui pour rétablir la discipline dans l’ordre; il ne voulut rien conclure, craignant de donner au maître d’Allemagne un prétexte que cherchait celui-ci de se substituer au grand maître. Les teutoniques étaient en pleine dissolution. Alors, en février 1440, à Marienbourg même, une partie de la noblesse de Prusse et les villes conclurent une ligue. On ne parla d’abord que de maintenir chacun dans ses droits, puis on se donna un conseil et des revenus ; on fit un état dans l’état. Les coalisés révélèrent leurs intentions, quand, après l’élection de Conrad d’Erlichshausen, ils firent hommage, non plus à l’ordre, mais au grand maître personnellement. Louis d’Erlichshausen, successeur de son frère, n’obtint cet hommage que difficilement, après qu’il eut promis d’accroître les privilèges des états. Dans cette extrémité, le pape et l’empereur s’intéressèrent enfin à l’ordre menacé de toutes parts; mais ces vieilles puissances déchues n’apportèrent que des mots pour défendre cette puissance qui s’en allait. Elles déclarèrent la ligue contraire au droit divin et humain : en présence de ce droit de l’ancien temps, la ligue maintint le sien, qui était le droit moderne des peuples à disposer d’eux-mêmes, et, le 4 février 1454, les nobles et les villes signèrent l’acte d’affranchissement, qu’un huissier du conseil de Thorn alla porter à Marienbourg.

Aussitôt commence la guerre des bourgeois contre les châteaux; ceux de Thorn attaquent et brûlent la vénérable forteresse qui avait si longtemps protégé une des premières villes bâties sur le sol prussien. En quelques semaines, cinquante-quatre châteaux mal défendus tombent aux mains des révoltés, qui, pour achever l’œuvre, s’adressent au roi de Pologne. Casimir IV célébrait à Cracovie les fêtes de son mariage, quand il reçut les députés de l’ordre et ceux de la ligue. Un débat contradictoire s’établit devant lui; les députés teutoniques, appuyés par les légats pontificaux, rappelèrent que, dans le dernier traité, l’ordre et le roi s’étaient mutuellement promis de ne pas seconder les révoltes de leurs sujets ; mais les ligueurs proposèrent de reconnaître la souveraineté du roi de Pologne, et menacèrent, s’il ne voulait pas les prendre pour sujets, de porter leur hommage au roi de Bohême. Casimir reçut en présence de l’archevêque de Gnesen l’hommage des députés prussiens; il institua les palatinats de Thorn, Elbing, Danzig et Kœnigsberg; il affranchit les villes et les nobles de toutes charges; il ordonna que les châteaux détruits ne seraient pas relevés, et déclara la guerre aux teutoniques. Le 23 mai 1454, il entra triomphalement à Thorn; puis il alla recevoir à Elbing l’hommage des évêques, des nobles et des villes. On eût dit que l’ordre n’existait