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l’interpréter dans le sens d’une liberté réglée par des lois spéciales ou dans le sens de la liberté absolue, de la liberté comme en Belgique? Les deux opinions avaient leurs partisans également convaincus. Dans la pensée des premiers l’article 69 ne pouvait signifier qu’une chose, c’est que le monopole universitaire devait disparaître et faire place à un régime de droit commun pour tous les citoyens, sauf la surveillance exercée par l’état sur les établissemens libres et les garanties exigées de leurs professeurs. Suivant les autres, une liberté réglée de cette sorte, soumise à toutes ces conditions de grade et de surveillance, n’était qu’une forme de la servitude. Au lieu de faire disparaître le monopole, elle le consacrait; au lieu d’enlever à l’Université ses privilèges, elle maintenait son détestable « esprit d’inquisition et de fiscalité [1]. » Au lieu d’abaisser les barrières, elle créait une sorte de « douane des intelligences. » Telles étaient les prétentions exclusives et contradictoires en face desquelles allait se trouver la monarchie de juillet. Ajoutez-y la question brûlante des écoles secondaires ecclésiastiques et des congrégations qu’il fallait s’attendre à voir revenir, et vous n’aurez qu’une faible idée des difficultés qui se préparaient. Toutefois il faut lui rendre cette justice, le gouvernement du roi Louis-Philippe n’hésita pas à se jeter dans cette mêlée. Fort des promesses de la charte et désireux d’y faire honneur, il n’eut pas de cesse avant d’avoir apporté devant les chambres un projet qui étendait à l’enseignement secondaire le principe de liberté déjà contenu dans la loi de 1833. Ce fut encore à M. Guizot que revint l’honneur de cette initiative. Lors de son second passage au ministère de l’instruction publique, en 1836, il déposa sur la tribune de la chambre des députés un projet qui devait servir de base à tous ceux qui furent successivement présentés et rejetés ou abandonnés dans les années postérieures, en 1841, 1844 et 1847. M. Guizot n’eut pas la prétention de faire une loi qui donnât satisfaction à toutes les exigences des partis extrêmes. « Nous ne sommes pas, lisons-nous dans son exposé des motifs, de ceux qui voient dans la prolongation indéfinie des mouvemens, des idées et de l’esprit révolutionnaire la conséquence nécessaire et légitime de la révolution de 1830. Nous avons pensé de bonne heure que cette crise nationale devait être contenue dans les limites du grand résultat qu’elle avait glorieusement accompli et qu’il y avait hâte de ramener la société à sa marche légale et régulière. Mais nous n’en voulons pas moins dans leur plénitude les conséquences raisonnables de notre révolution; nous n’en sommes pas moins empressés à poursuivre et à réaliser les modifications vraiment utiles qu’elle doit amener dans nos lois.

  1. Discours de M. de Montalembert dans la discussion de 1844 à la chambre des pairs.