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Ici au contraire, comme à Ninive, la chevelure encadre le front d’un bandeau de boucles symétriques et se ramasse sur la nuque en un lourd chignon. La barbe, très longue et largement étalée, se partage, elle aussi, en boucles qui forment deux ou trois étages superposés.

Le costume consiste en une robe qui tombe droite jusqu’à la cheville et qui est ornée parfois d’un listel à son bord inférieur. Une sorte de galon d’une très forte saillie descend en ligne presque verticale de l’épaule gauche, puis, décrivant une courbe au niveau des mains, va rejoindre le côté droit; il dessine ainsi sur le devant la lisière de la pièce d’étoffe, et il est accompagné de petits plis réguliers et parallèles. La manche s’arrête d’ordinaire au-dessus du coude; parfois elle descend jusqu’au poignet. Comme dans les figures de Ninive ou de Persépolis, le corps est tout entier caché sous le vêtement; on n’aperçoit à nu que le visage, l’avant-bras et les pieds.

Si ces figures se distinguent à première vue de celles où domine l’imitation de l’Egypte, il est moins facile de tracer une ligne de démarcation entre elles et les statues, certainement postérieures, qui rappellent le style grec archaïque. La barbe et les cheveux sont encore disposés en boucles symétriques et les personnages drapés de la tête aux pieds; quelques-uns sont encore coiffés du même bonnet conique; mais le plus souvent la tête est nue, couronnée de narcisses ou de feuillages variés. Parfois, comme dans les statues grecques très anciennes, la chevelure est partagée en tresses qui tombent, trois par trois, sur chaque épaule, pendant que d’autres, en nombre égal, pendent sur le dos; mais la différence principale est dans la draperie, traitée avec plus d’aisance et d’ampleur, dans le mouvement des bras, qui s’infléchissent et s’écartent du corps pour soutenir des attributs à peu près toujours les mêmes; c’est tantôt une colombe, tantôt une patère ou une pyxis, sorte de petite boîte où l’on serrait l’encens; parfois c’est une fleur, un fruit ou un rameau. Dans le rendu de l’étoffe et des broderies qui la décorent, dans les zigzags que les plis dessinent à leur extrémité inférieure, on sent les procédés chers aux sculpteurs grecs du VIe siècle et de la première moitié du Ve. Enfin il se rencontre des figures qui, par la liberté du ciseau comme par le mouvement et le jet de la draperie, semblent contemporaines des beaux siècles de l’art grec; dans l’air de tête de certaines d’entre elles, on croit même deviner les allures et le goût de l’époque romaine.

Toutes ces statues, les plus anciennes comme celles qui paraissent l’ouvrage de siècles plus rapprochés de nous, offrent d’ailleurs bien des traits de ressemblance; conduit à l’improviste en face de