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un instant à perdre. Voyez l’énorme avance qu’ont déjà les fuyards ! Démarrez donc! Que faites-vous? Est-ce qu’on a le temps de lever les ancres? Coupez, coupez les câbles! Êtes-vous prêts, enfin? Sentabas, mariniers! Et vogue tout d’un temps! »

Nous parlons ici une langue morte, la langue des galères ; nos officiers peut-être ne nous comprendront pas, Thucydide et Xénophon savent aussi bien que Barras de La Penne et M. de Vivonne ce que nous voulons dire. La chasse a commencé : « Passe vogue, mes enfans ! Hippapé, mes braves coursiers de Sicile ! La galère athénienne ne nous échappera pas. » La galère ? Il y en a deux. Six heures durant, on poursuivit celle qui s’efforçait de gagner la haute mer; le soleil se couchait quand on l’atteignit. Les chasseurs la ramenèrent à Callicratidas avec son équipage. La trière qui filait le long de la côte fut sauvée par l’obscurité de la nuit. Dès que les ténèbres vinrent couvrir ses mouvemens, elle changea de route, déploya sa voile et, poussée par le vent du nord, arriva en moins de trois jours au Pirée. « Mytilène est investie, les débris de la flotte sont bloqués; envoyez de prompts secours, ou bientôt Athènes n’aura plus de marine. » Tel est le message qui répand en quelques minutes la consternation dans la ville. C’était un brave peuple que ce peuple athénien, bien qu’il fût trop souvent un peuple insensé. Sur-le-champ il décrète l’armement de cent dix vaisseaux. On manque de rameurs? Enrôlez tout sans distinction, les esclaves et les hommes libres ! Et vous, honnêtes métèques, qui avez toujours fidèlement servi Athènes, on vous confère, pour encourager votre zèle, les droits de citoyen ! En trente jours, la nouvelle flotte est prête à prendre la mer. Elle porte des hoplites, elle porte aussi une nombreuse cavalerie, car ce n’est pas seulement sur mer qu’on est résolu à combattre. Vers quel point se dirige-t-on? Vers Samos avant tout. Samos est une autre Athènes, on y est toujours disposé à prendre les armes pour les intérêts de la démocratie menacée. Les Samiens fournissent à la flotte du Pirée un contingent d’hoplites, un renfort de rameurs. Quand ils ont complété les équipages des trières d’Athènes, il leur reste encore le moyen d’équiper, pour leur propre compte, dix vaisseaux. Si les autres îles montrent moins de ferveur, on aura recours à cette pression morale dont Athènes a su plus d’une fois faire un utile usage. La levée en masse! Voilà ce qu’il faut pour grossir, en cette heure de crise, la flotte de k république. Tous les détachemens épars se concentrent; les généraux d’Athènes partiront de Samos à la tête de cent cinquante vaisseaux. Avec quelle rapidité merveilleuse les échecs se réparent et les vides se comblent dans ces flottes de l’antiquité! S’il avait fallu aux anciens, comme