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de tout temps la rivale et l’ennemie invétérée de Mytilène ; elle n’a jamais abandonné le parti athénien. Athènes y a mis récemment garnison ; cette garnison toutefois est trop faible pour pouvoir défendre bien longtemps les murs sous lesquels Callicratidas est venu dresser ses machines. Il n’y a que la flotte de Conon mouillée à Samos qui pourrait essayer de sauver Méthymne. Conon met à la voile; il arrivera trop tard. La flotte athénienne a un long trajet à faire : il lui faut traverser le golfe d’Ephèse, remonter le canal de Chio, doubler la presqu’île de Clazomène, s’engager enfin dans le détroit qui sépare la côte orientale de l’île Lesbos du continent, car si Mytilène occupe au sud l’extrémité de cette côte, Méthymne en garde l’accès au nord-ouest, du côté qui fait face à la mer Egée. Les soldats de Callicratidas ont si vivement pressé la ville assiégée que Méthymne est en leur pouvoir avant que les vaisseaux de Conon soient mis en mesure d’intervenir. Méthymne regorgeait de richesses; Callicratidas la livre au pillage; les esclaves sont vendus sur la place publique. Ces esclaves sont toujours la meilleure partie du butin. Les Turcs en 1821 mettront à sac, dans les mêmes parages, la ville de Cydonia; ils n’oublieront pas de tirer parti des habitans; les marchés de l’Asie seront soudain inondés de captifs. Callicratidas, lui, ne veut mettre en vente que les barbares; les citoyens de Méthymne ne seraient certes pas de défaite moins facile, mais ce sont des Grecs, et les Grecs pour Callicratidas sont sacrés. « La servitude, dit-il, n’est pas faite pour eux. »

O buon tompo degli cavalieri antichi !
Oh! le beau temps que celui de ces fables!


s’écriait, à la fin du XVIIIe siècle, le sceptique Arouet lui-même. Quand les Juifs se croyaient le peuple de Dieu, quand les Grecs s’imaginaient qu’un sang privilégié coulait dans leurs veines, quand nous nous appelions nous-mêmes « la grande nation, » la philosophie y pouvait trouver à redire ; le patriotisme n’était pas alors un vain mot. Nos regards incertains se promènent trop aujourd’hui autour de nous. Je ne sais si les Grecs, dans les courses de chars des jeux olympiques, mettaient des œillères à leurs chevaux; je n’ai pas remarqué cet appendice du harnais moderne sur les bas-reliefs du musée assyrien, mais je crois que les chevaux courent mieux et sont moins sujets à se dérober quand on les oblige à ne regarder que la piste. En toutô niki. In hoc signo vinces.

Callicratidas n’était pas seulement, à mon sens, un vainqueur généreux, il était aussi un politique habile. Le lendemain même du jour où Méthymne s’est rendue, il remet aux habitans le gouvernement de leur ville. C’était leur en confier, par le fait, la défense,