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et je ne puis que m’applaudir d’être à jamais séparé de l’individu qui a laissé disparaître 16,500 francs de la caisse. Vous voyez que la rédaction avait raison quand elle m’assurait que vous étiez une affreuse canaille. »

D’après les confidences que l’on ne craignait pas de faire au public, on peut se figurer ce que durent être certaines séances de la commune, certains conciliabules des commissions. Vermorel, vers qui il est impossible de ne pas regarder avec commisération, disait : « Le dégoût me prend au milieu de tant de sottise, de tant de prétention, de tant de lâcheté; nous n’avons que des imbéciles, des fripons ou des traîtres, instrumens vils et ridicules ; rien que des personnalités grotesques ou monstrueuses. » Oui, ce n’était que cela, et c’est pourquoi il n’en pouvait sortir que la commune. Elle avait été frappée d’incohérence le jour même où elle avait pris le pouvoir; elle ne faisait rien parce qu’elle ne savait rien faire; elle ne parvenait à résoudre aucune question parce qu’elle en était absolument incapable. Elle sentait son impuissance et, comme toujours, en accusait les menées réactionnaires; elle accusait les chouans et les cléricaux, comme jadis on avait invariablement accusé Pitt et Cobourg. Ce fut Pourille, dit Blanchet, qui le 22 avril, pendant que Varlin présidait, se chargea d’expliquer pourquoi la commune voyait s’éloigner d’elle la majeure partie de la population. « Nous n’employons pas les moyens révolutionnaires; parlons moins, agissons plus; moins de décrets, plus d’exécution. Où en est le décret sur le jury d’accusation? et la loi sur les réfractaires, non appliquée, et la colonne Vendôme, qui n’est pas encore abattue; la commune n’est pas révolutionnaire. » Le président Varlin eut de l’esprit; il interrompit l’orateur en disant : « Ceux qui crient le plus fort ne sont pas ceux qui font le plus. » Ce mot put frapper lourdement Blanchet-Pourille, qui sous l’empire avait été employé à la police de Lyon. Delescluze, dans les récriminations de Blanchet, vit une accusation portée contre l’ancienne commission exécutive dont il avait fait partie, il se leva pour la défendre ; sa parole est amère ; l’homme qui au 31 octobre disait avec désespoir : « C’est un 4 septembre manqué, » ne devait point pardonner à ceux qui l’avaient momentanément relégué à un rang inférieur, et il attribue cette demi-chute à « une rancune personnelle. » Il indique clairement du reste le mal dont la commune souffre et souffrira jusqu’à l’heure suprême : « S’il y a quelques discordes, n’est-ce point pour cette question de galons qui divise certains chefs? Il y a des tiraillemens à cause des jalousies et des compétitions. C’est l’élément militaire qui domine, et c’est l’élément civil qui devrait dominer toujours.» On sent là, dans ces derniers mots, la tradition jacobine qui s’affirme; c’est elle qui l’emportera à la fin, et la stratégie de la commune ne