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qu’il faut citer, car on ne pourrait dire plus vrai, ni frapper plus juste : « Nous ne nous laisserons point toucher par les bruyantes protestations de coquins si peu célèbres qu’ils ont pu garder l’anonyme tout en signant de leurs noms, dit M. Wilfrid de Fonvielle; nous savons bien que les inconnus qui ont envahi l’Hôtel de Ville sous prétexte de conserver les canons de Montmartre ne se préoccupent de notre commune pas plus que nous nous préoccupons nous-mêmes des communes de New-York, de Rouen et même de Berlin. Nous savons bien, hélas! que nous sommes tombés entre les mains d’une bande de canailles internationales, obéissant à un mot d’ordre qu’ils ne comprennent pas plus qu’ils ne connaissent pour la plupart ceux qui les font marcher. On peut dire (phénomène unique peut-être dans nos annales) que Paris, ville de publicité et de lumière, est gouvernée par des hommes masqués. Ah ! c’est bien le cas de dire avec notre pauvre Béranger :

<poem>Hommes noirs, d’où sortez-vous? </poem


car jamais bande plus noire ne s’est montrée sanglante sous le glorieux haillon [1]. »

M. W. de Fonvielle a raison, ils ne se souciaient guère de la commune de Paris, ni de ces fameuses franchises municipales qui servirent de prétexte à la journée du 18 mars et qui eurent l’honneur d’être louées par le prince de Bismarck à la tribune du parlement de Berlin. Aussitôt que l’on a gravi l’escalier d’honneur de l’Hôtel de Ville, dès que l’on s’est installé autour d’une table à tapis vert, dans un bon fauteuil convenablement capitonné, on oublie que l’on ne représente que la cité et l’on veut représenter le pays: on cesse d’être conseil municipal pour se transfigurer en conseil de gouvernement, on se préoccupe fort peu des besoins de la ville et l’on ne parle plus que de république universelle. Les papes de la démagogie socialiste élèvent la voix ; ils s’adressent urbi et orbi; ils s’imaginent volontiers que le spectacle de leurs inepties impuissantes et cruelles va leur donner le monde, que les peuples les contemplent avec admiration et que la ville qu’ils souillent de leur pouvoir va devenir « la Rome de l’humanité; » c’est le mot de Félix Pyat. A la première séance de la commune, sans plus attendre, on se découvre avec l’ingénuité des parvenus qui se hâtent de jouir et de saisir l’objet de leur convoitise. On vote des remercîmens au comité central : « Les membres du comité, dit Delescluze, ont bien mérité non-seulement de Paris, mais de la France et de la république universelle. » La commune se partage en dix commissions qui correspondent

  1. La terreur ou la commune de Paris en l’an 1871 dévoilée, par W. de Fonvielle, Bruxelles, 1871, p. 7.